Livres canoniques du second ordre ou Petits King
a) Les Se-Chou, ou Quatre Livres, comprennent : Le Ta-hio ou Grande Science, composé de onze chapitres, •dont le premier renferme les paroles de Confucius, les ■dix autres sont de Tseng tseu, son disciple ; — le Tchoung-young. ou le Juste Milieu, qui est de Tseu-seu, son petit-fils ; ces deux livres formaient deux chapitres du Li-ki\ — le Louen-yu, 11.705 caractères, avec la paraphrase 76.736 caractères, conversations entre Confucius et ses disciples, en vingt chapitres, n'a pas été rédigé par le Sage, — pas plus naturellement que le Meng-tseu, 34.685 caractères, avec le commentaire 209.749, livre du philosophe Mencius.
b) Deux Rituels : Y-li et Tcheoa-li, 45.806 caractères,
c) Le Hiao-King ou Livre de la Piété filiale, 1.903 caractères.
d) Les trois anciens commentaires du Tch'ouen Tsieou. Enfin é) le Dictionnaire Eul Ya.
5. Il faut se rappeler que Confucius fut un administrateur, un fonctionnaire, un homme d'État, en un mot un homme pratique, aussi bien qu'un moraliste; il esj^jmjnèrement d^ourvij-ji^QjiginaH un collectmnneur de faits et noij^jun créateur ; imbu des traditions du passé qu'il a étudiées, il en est le représentant idéal, mais il n'a rien inventé ; il vit de souvenirs, et la perfection dans le présent ne s'obtient qu'en suivant les leçons de ce passé. La doctrine de Confucius est moins une philosophie qu'une morale : une morale reposant sur des vertus naturelles, n'ayant rien d'héroïque, avec un côté pratique ; une morale codifiant pour ainsi dire les sentiments, prenant par exemple la piété filiale, étendant son caractère au delà de la famille, jusqu'à l'empereur, le gouvernement, le peuple, ■et prévoyant dans les préceptes tous les cas, toutes les circonstances dans lesquelles les théories doivent être mises en pratique. C'est justement ce côté essentiellement humain, essentiellement terre à terre, qui a donné de la durée à la doctrine de Confucius ; elle est claire, limpide, compré-
hensible pour tous, n'a rien des obscurités, ni en même temps du génie de celle de Lao-tseu.
6. Confucius a créé un système de morale, surtout un système de gouvernement, système ayant pour base des règles bien déterminées, qui revêtent peut-être leur caractère le plus simple et le plus intelligible dans le Hiao King, ou Livre de la Piété filiale; mais cette piété filiale n'est plus un sentiment naturel, spontané, grand, aussi divin qu'humain, c'est un devoir parfaitement limité,, parfaitement défini, 'envers ses parents, envers son souverain. C'est la source même de toutes les vertus, et la première des vertus est la conservation de soi-même. La piété filiale devient une doctrine officielle : elle transforme la nation en une vaste famille dont le chef est l'empereur; elle est devenue la base d'un gouvernement qui n'a rien de chimérique, qui est réel et durable puisqu'il existe depuis des siècles. Ce dogme de la piété filiale, pivot de la machine sociale, qui, dans l'ordre politique, a donné à la Chine son mode de gouvernement, devait forcément, dans l'ordre religieux, créer un culte spécial. Ce respect profond envers les parents, ces devoirs incessants, ces conseils sévères, ont nécessairement créé entre les parents et les enfants, toujours en théorie, une barrière immense. Les soins rendus aux morts se sont facilement transformés en un culte qui, perfectionné avec le temps, multipliant ses cérémonies, est devenu le culte des ancêtres. Et, de même que dans le gouvernement, le système a continué son fonctionnement, quoique son origine soit aujourd'hui un peu oubliée, dans la religion, le dogme a fait place au cérémonial, et la pratique de la piété filiale s'est à peu près restreinte au culte rendu aux ancêtres.
7. Le culte des ancêtres est simple ; il réunit également toutes les classes de la société, toutes les sectes religieuses de l'Empire, qu'elles soient confucianistes, bouddhistes ou taoïstes ; on peut donc dire avec raison que, tout en n'étant pas compris dans les San-kiao, les trois religions d'État, il est la principale religion de la Chine. C'est le plus sérieux ennemi que rencontre le prosélytisme chrétien; car le culte des ancêtres étant la base même delà société, le christianisme représente, en dehors du principe
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religieux, un esprit révolutionnaire et subversif. On a essayé de tourner la difficulté en disant que le culte des ancêtres ne consistait qu'en hommages rendus à la mémoire des parents défunts. Mauvaise foi ou erreur ! Le culte des ancêtres est une religion, une véritable religion, avec des cérémonies parfaitement précises et c'est ainsi que Ta compris le Saint-Siège en réglant la question des Rites chinois par la bulle Ex quo singulari promulguée parBenoîtXIV le 11 juillet 1742.
8. Toutefois Matteo Ricci était parfaitement excusable en tolérant le culte rendu à Confucius et aux ancêtres. Si le Saint-Père avait raison au point de vue du dogme, quoique rhommage rendu aux saints et aux morts dans l'Église catholique ressemble singulièrement par quelques côtés au culte rendu en Chine aux ancêtres défunts, sa décision n'en a pas moins arrêté ou retardé les progrès des missions dans le Céleste Empire : rappelons à ce sujet les décrets contradictoires d'Innocent X, d'Alexandre VII, de Clément IX, d'Innocent XII, de Clément XI, de Clément XII, et de Benoît XIV.
3° Philosophie de Confucius. — 9. La forme orthodoxe du confucianisme lui a été donnée par le célèbre philosophe Tchou-Hi, de la dynastie des Soung (1130-1200), né dans le Fou-Kien, d'un père originaire du Ngan-houei; en 1180, ayant été nommé gouverneur du Nan-k'ang dans la province actuelle de Kiang-si, il se retirait dans la grotte du Cerf blanc, près du Lac Po-yang, pour se livrer à ses méditations. Dans son système philosophique, l'Absolu Rien (Wou-ki) produit le Grand Absolu (Tai-ki) qui, animé par son souffle, crée le grand principe mêle(Yang); ce dernier, dans son repos, donne naissance au principe femelle ( Yiri). Lorsque ces deux principes mis en mouvement finissent par se reposer, ce qui se trouve en haut est le Ciel correspondant au Yang, ce qui reste en bas est la Terre correspondant au Yin. Puis, dans la suite de leur mouvement on voit se former le soleil et la lune, les étoiles et les planètes, l'eau et le feu, les plantes, les minéraux, les hommes, les animaux, etc. Les lois qui régissent les mouvements sont au nombre de quatre : 1° Ki, le souffle de la nature, qui représente l'énergie ; 2° Zi, les lois de la na-
ture antérieures au Ki ; 3° So, qui donne les proportions numériques ; enfin pour rendre tangibles ces lois, les rendre matérielles : 4° Ying, la forme de la nature. On représente ce système philosophique par des diagrammes.
10. Suivant l'ancienne philosophie chinoise, l'homme a deux âmes, nous dit de Groot :
Le Chen ou âme immatérielle émane de la partie céleste éthérée du Cosmos, et se compose de la substance Yang ; quand elle opère d'une manière active dans le corps humain vivant, elle est appelée k'i ou « souffle », et hwun ; quand elle en est séparée après la mort, elle vit comme un brillant esprit, désigné Ming.
Le kouei, l'âme matérielle, émane de la partie terrestre de l'Univers, et est formée de la substance yin\ quand l'homme vit, elle agit sous le nom de p'o, et à sa mort elle retourne à la Terre ; c'est donc le kouei qui est enseveli avec le corps, et le chen réside à l'entour de la tombe.
En réalité, chacun des viscères a une âme à forme humaine, et quelques médecins attribuent à l'homme un nombre infini d'âmes ou de parties d'âmes, ou, comme ils le disent, « cent chen » qui, suivant l'âge, changent de place dans le corps ; d'ailleurs le foie, les poumons et les reins correspondent au printemps, à l'automne et à l'hiver comme à l'est, l'ouest et le nord ; les âmes peuvent se séparer du corps, et même, par la magie noire, en être extraites, sans nécessairement occasionner la mort. Les esprits peuvent entrer en relation avec les vivants ; il y en a qui se vengent du mal qu'on leur a fait ; naturellement ils apparaissent aux hommes dans leurs rêves.
11. Probablement par suite de son ignorance, naturelle à son époque, Confucius ne s'est jamais occupé de l'origine de l'homme, ni de sa destinée future ; il n'était pas religieux ; son royaume était de ce inonde, et il ne semble même pas avoir conservé la foi de ses ancêtres. Il n'avait pas d'idées générales : ignorant le monde extérieur, il n'a aucune notion de relations avec des peuples étrangers, et dans son pays même, il n'embrassera pas l'ensemble, mais une principauté, une tribu, voire une famille : somme toute, un homme de grand bon sens, mais aucun génie. Son opportunisme est grand; lorsque son dis-