VI. LE CONFUCIANISME ET LE SHINTO
oiple Tseu-Koung l'interrogera sur l'amitié, Confucius répondra : « Avertissez vos amis avec franchise, et conseillez-les avec douceur. S'ils n'approuvent pas vos avis, arrêtez ; craignez de vous attirer un affront, en perdant leur amitié par votre importunité (1).» Son idéal, s'il en a, est peu élevé, il dira : « Celui qui ne craint pas de promettre •de grandes choses, a de la peine à les exécuter (2). «'Mais il ne faut pas oublier qu'il a énoncé cette belle maxime : le sage « s'applique sérieusement à la pratique de la vertu, mesure les autres avec la même mesure que luimême, et ne s'écarte guère de la voie de la perfection. Il évite de faire aux autres ce qu'il n'aime pas que les autres lui fassent à lui-même (3). »
4° Le culte. — 12. Jusqu'à la lin de sa vie, Confucius fut méconnu par les princes ses contemporains, et aucun d'eux ne s'empressa de suivre ses préceptes; mais sa mort, sans être un deuil national, fut le signal de la réaction. Le duc Ngai, de Lou, lui fit rendre les plus grands honneurs et construire un temple (Miao) : « Afin, dit le prince, que tous les amateurs de la Sagesse, présens et à venir, puissent s'y rendre en tems réglés, pour faire les cérémonies respectueuses à celui qui leur a frayé la route qu'ils suivent, ■et sur le modèle duquel ils doivent se former (4). »
Ngai accomplit donc le premier acte d'un culte, interrompu seulement sous la dynastie des Ts'in, qui fit l'unité de la Chine au détriment des états féodaux composant l'empire sous l'hégémonie des Tcheou dont la tradition séculaire fut ainsi brisée.
En l'an 1 de notre ère. l'empereur P'ingTi, de la dynastie des Han. fit élever un temple où des sacrifices devaient être offerts à Confucius ainsi qu'à Tcheou Koung. Le culte de Confucius, d'abord restreint à la province de Lou, s'étendit à toute la Chine : en 57, des sacrifices furent commandés dans tous les principaux collèges de l'Empire. Un peu plus tard, le prince Koung, fils de Tching Ti,
(1) Louenyu, vi, 22, trad. Couvreur.
<2) Ibid., vu, 21.
(3) Tchoung Young, ch. xin.
(4) Mém. concernant les Chinois, t. xn, p. 397.
construisit, au lieu de naissance de Confucius, un temple qu'il nomma Ling-Kouang-tien et qui, consacré d'abord au seul Sage, fut ensuite, en 72, par MingTi, utilisé pour les sacrifices aux soixante-douze disciples du Philosophe dont une image remplaça la tablette en 178; en 221, l'empereur Wei, Wen Ti, fit reconstruire le Ling-Kouang tien qui tombait en ruines; les empereurs des dynasties suivantes, même les Mongols Youen, suivirent l'exemple de leurs prédécesseurs et rendirent les plus grands honneurs à la mémoire de Confucius. Les souverains mandchous ont même dépassé le zèle de leurs devanciers, et il est d'usage qu'à l'avènement de chaque empereur celui-ci rédige une inscription reproduite sur des tablettes et suspendue dans les temples de Confucius. Associé d'abord à Tcheou- Koung, des temples spéciaux sont, à partir de 609, consacrés à Confucius seul.
13. Suivant la loi, un Wen Miao ou temple de Confucius doit être contruit dans chaque préfecture, sous-préfecture, district, ville de marché, dans tout l'empire ; le temple doit faire face au sud et il se compose de trois cours qui se suivent en général du sud au nord; le temple proprement dit est appelé la salle de la Grande Perfection, Ta-tch'eng tien; une des cours renfermant la salle des Ancêtres, Ts'oung Cheng tseu.
Le P. Ricci, fondateur de la mission des Jésuites de Péking, au commencement du xvne siècle, remarque : « Le vrai temple des lettrés est celui de Confucius : la loi veut, en effet, qu'on lui en élève un dans toutes les villes, au lieu que nous appelons l'école. A ce temple, très somptueux, est adossé le palais du magistrat auquel sont soumis ceux qui ont déjà le premier grade dans les lettres. A la place d'honneur, dans le temple, est la statue de Confucius ou bien une tablette bien travaillée portant son nom en lettres d'or, et à ses côtés sont les statues ou les noms d'autres sages, qui ont été ses disciples et sont également tenus pour saints. C'est là que les magistrats de la ville et les gradués viennent, à toutes les néoménies et aux pleines lunes, pour faire à Confucius leurs génuflexions, allumer des chandelles en son honneur et mettre de l'encens dans le brûle-parfums placé devant l'autel. De