VII. LES GRECS
temps ces groupes si divers d'origine se font une âme commune, une langue et des souvenirs communs : le nom générique d'Hellènes finit par être revendiqué par tous dès le vme siècle.
Les Grecs du temps d'Homère sont doués d'une curiosité d'esprit très éveillée, d'une vive imagination d'artistes qu'ils doivent à l'éclat radieux de la lumière de leur pays, à leurs voyages, à leurs migrations, aux récits qu'ils se délectent à entendre de la bouche des aèdes dans le mégaron après le banquet ; leur intelligence avide de clarté et d'harmonie se joue dans la composition des récits ou des hymnes religieux.
Cependant sur ces Grecs pèse un lointain passé de barbarie. Ils ont été successivement chasseurs, pasteurs, puis cultivateurs ; ils pratiquent des rites fort anciens dont ils ne saisissent pas toujours le sens et pour lesquels ils inventent de légendaires explications. A n'en pas douter, ce sont les objets et les phénomènes de la nature qu'ils ont d'abord adorés : en ceux-ci ils se sont figuré je ne sais quel moi plus ou moins analogue à eux-mêmes, moi qui pourrait leur nuire ou les aider et dont il importait de se concilier la bienveillance. Ils croyaient à la survie de l'esprit qui les animait et ils pourvoyaient d'armes et d'ustensiles ce double du corps dont ils redoutaient la vengeance. Cette période rappelle assez bien la religion des non-civilisés actuels : on peut la désigner sous le nom de naturisme. — Dans l'imagination créatrice des aèdes qui préparent les épopées homériques, les dieux ont dépouillé tout caractère monstrueux et pris des traits tout humains ; ils se mêlent aux événements de ce monde comme d'autres hommes grandis par la poésie et immortels ; ils ont des généalogies ; ils concluent des alliances : c'est l'âge d'or de Y anthropomorphisme. — Dès le viie siècle paraissent se dessiner trois courants religieux. Le courant traditionnel catalogue les légendes et les rites, il se fige, aux environs de l'ère chrétienne, dans l'indifférence sceptique, les pompes de la liturgie et les superstitions populaires. Mais voici que débutent également au vne siècle les recherches scientifiques et philosophiques et les turbulentes démocraties : la réflexion critique s'applique à épurer les légen-
des, à parer les dieux des qualités morales que la civilisation en progrès a mises en honneur. Apparaît en même temps la notion capitale de loi naturelle dans Tordre physique comme dans l'ordre moral : la science et la morale peuvent désormais se fonder puisqu'elles ont secoué l'arbitraire des divinités. Cependant cette pensée trop affranchie ne peut satisfaire beaucoup d'esprits ; un grand nombre trompent le vide que laissent dans leur coeur les vieux cultes démodés, par des rites très anciens mais dont le sens a subi un approfondissement religieux ; ces rites les unissent plus étroitement à leurs dieux et leur promettent les joies de la vie future. Ce courant mystique fut une pierre d'attente pour le syncrétisme qui suivit les expéditions d'Alexandre, et plus tard il orienta même secrètement beaucoup d'âmes vers le christianisme.