‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 156 sur 239 · VII. LES GRECS · texte numérisé non relu

VII. LES GRECS

et le hêtre de Zeus, le myrte et le pin de Cybèle sont de vieux arbres sacrés dont le culte a été supplanté par celui de divinités plus humanisées. Il n'est pas jusqu'à certaines pierres aux formes bizarres auxquelles on n'ait accroché quelques légendes ou fait des offrandes. A Delphes, on frottait d'huile une pierre sacrée et on l'enveloppait de laine à certains jours ; on montrait à Eleusis la pierre où s'était assise Dèmèter, etc. Les hermaia furent à l'origine des pierres tétragonales recelant quelque vertu magique, parce qu'elles servaient de limites ou de bornes. On entourait d'un respect religieux les armes elles-mêmes. Les Cariens et les Cretois honoraient la double hache et la plaçaient dans la main de leur dieu. Près de Bogaz-Keuï une longue épée qu'on a retrouvée peinte sur un rocher était encore une sorte de fétiche au 11e siècle av. J.-G.

Les anciens Grecs chasseurs ont cherché à désarmer la colère ou à s'assimiler la force des animaux sauvages agiles, puissants ou rusés : de là est née la zoolâtrie. A Troie, on a retrouvé des vases d'argile ornés d'une tête à bec d'oiseau surmontant des seins grossièrement figurés (2500 environ av. J.-G.)- A Mycènes, on a exhumé une tête de génisse en argent qui rappelle Héra « aux yeux de génisse » d'Homère. En Crète, des pierres gravées représentent des démons à tête d'animaux. En 1889, on découvrit dans les ruines du temple de Lycosoura, en Arcadie, des figurines représentant des divinités féminines à tête de brebis et de vache. Berlin possède un Pan à tête de bouc ; la Dèmèter de Phigalie a une tête de cheval ; Héraklès se couvre de la dépouille du lion en Lydie ; rappelons enfin les survivances connues : le minotaure, les sirènes, les centaures. Le lion, le taureau, le cheval, le sanglier, le loup, la cigogne, le cygne, le crabe, le poulpe ont été çà et là l'objet d'un culte religieux.

Avec l'époque agricole, au dieu animal échoit un rôle nouveau : on lui attribue la croissance de la récolte. Le bouc devient l'esprit de la vigne et le porc l'esprit du blé ; au printemps on pense revigorer la vigne ou le blé par leur immolation sanglante dans les champs. Parfois, comme aux bouphonies, on n'ose toucher aux prémices de la récolte du blé avant que l'animal sacré, ici le taureau, y ait goûté

sur l'autel. On le sacrifie ensuite et on le mange pour s'assimiler sa force, puis les sacrificateurs s'enfuient et on fait le procès de la hache qui l'a frappé, tellement on redoute la vengeance de son esprit. Zeus, en plusieurs contrées, a d'abord été un chêne, un hêtre, mais aussi un aigle; Dionysos, un olivier et la vigne, mais aussi un taureau, un bouc et un renard; Artémis, une biche; Hippolyte, un cheval, etc. Aussi ces dieux sont-ils mortels. On montre le tombeau de Zeus en Crète et de Dionysos à Delphes. De même ils ressuscitent en d'autres animaux de leur espèce ou dans la récolte qui recommence à germer,, comme Thammouz, Adonis, Attis, Coré et Dionysos.

Les fidèles du Dionysos-animal, en dévorant sa chair,, pensaient s'assimiler sa vigueur divine. Mais avec le progrès de l'imagination anthropomorphique, le culte de Dionysos-raisin et Dionysos-animal donne naissance à une légende, à un drame sacré, à une passion : on espère que la récolte future en bénéficiera par une véritable efficacité rituelle et magique. A cet effet, par exemple, la femmede l'archonte-roi ou grand-prêtre d'Athènes épouse chaqueannée le dieu qu'elle ressuscite d'ailleurs par le rapprochement des quatorze morceaux de son symbole. On commémore le mariage de Zeus et de Héra à Cnossos, àSamos et à Platée ; les mystères de Phrygie et d'Eleusis paraissent avoir été primitivement destinés à renouveler la fertilité du sol au printemps par une reproduction dramatiquede la vie divine. La tragédie grecque non moins que la statuaire a donc des origines religieuses incontestables.

Tous ces faits ont été rattachés par M. S. Reinach au totémisme qu'auraient professé les anciens Grecs : mais cette opinion ne semble pas avoir conquis la faveur dessavants. Il n'est pas prouvé en effet que ces dieux-animaux étaient des divinités de clans ou groupes de familles apparentées, ni que leur culte ait donné lieu à des rites d'agrégation au clan, pas plus qu'à des réglementations matrimoniales.

Très anciennement on^n'accomplissait les rites qu'après s'être purifié par des ablutions. On usait aussi de fumigations, de passage à travers le feu ; ces cérémonies opéraient une véritable désinfection physico-spirituelle, en débar-

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