‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 157 sur 239 · VII. LES GRECS · texte numérisé non relu

VII. LES GRECS

rassant des influences malignes, conçues sous forme de souillures physiques, qui avaient été contractées. Dans les sacrifices purificatoires, les victimes, et leur sang en particulier, se chargeaient des souillures du suppliant et devenaient impurs à leur tour.

On offrait aux dieux des libations après les avoir effleurées du bout des lèvres, par elles et par les victimes égorgées et consumées on les nourrissait tout en étant leur commensal. L'offrande des prémices des récoltes était un rite de désécration : aux dieux maîtres des fruits delà terre, on en offrait une partie pour n'avoir pas à les redouter dans l'usage du reste. Les anciens Grecs ont certainement immolé des victimes humaines, soit en vue de satisfaire sur elles la colère de quelque divinité, comme à la fête des Thargélies en l'honneur d'Apollon et d' Artémis ; soit pour participer à leur jeune vigueur (1), comme dans les festins de cannibales dont le corps de jeunes enfants paraît avoir fait les frais sur le mont Lycée ; soit pour revigorer quelque divinité comme dans les sacrifices offerts à Kronos, dieu des moissons. Les fidèles aimaient à revêtir les livrées animales de leur divinité et à prendre son nom : les jeunes athéniennes pour honorer Artémis-ourse s'habillaient en ourses et se disaient ourses ; les Ménades portaient une peau de faon, etc. : n'est-ce pas se rapprocher de la divinité et comme se remplir d'elle que de lui ressembier ?

La magie a toujours une large part dans les croyances. En Arcadie, le prêtre de Zeus trempait une branche d'arbre dans l'eau pour provoquer la pluie ; on arrosait une jeune fille pour la même fin, d'où la légende de Danaé, la terre, fécondée par une pluie venant de Zeus, le ciel. Dès sa naissance, l'enfant devait être purifié ainsi que tous ceux qui avaient participé à l'accouchement et même la maison où il avait eu lieu, La mère était impure durant quarante jours, et ce préjugé fut si

(1) Frazer écrit : « Dans l'ancienne Grèce, il y eut au moins une famille royale très antique, dans laquelle les fils aînés devaient être sacrifiés aux lieu et place de leur père, «probablement pour le rajeunir. Le rameau d'or, t. n, p. 43. Cf. Hérodote, vu, 197. Les rois furent en effet de véritables dieux dont on attendait la disette ou l'abondance et qu'il ne fallait pas laisser vieillir.

tenace qu'une loi ecclésiastique, au ixe siècle, dut obliger de l'administrer en danger de mort. Le cinquième jour après sa naissance, l'enfant était porté par son père autour du foyer domestique, très probablement pour que la course paternelle lui déliât les jambes. On était souillé pour avoir versé le sang, même par inadvertance. Si quelqu'un mourait dans la rue, le dème entier devait être purifié. Tout ce qui avait servi aux purifications était abandonné aux esprits mauvais errant dans les carrefours de la campagne : on jetait ces catharmata derrière soi et l'on revenait en hâte sans se retourner. On croyait aux courses furibondes de la sombre Hécate et des fantômes à travers l'atmosphère, aux âmes vagabondes, vampires suceurs de sang, etc.

Une vieille coutume interdisait aux femmes de Milet de prononcer le nom de leur mari. A Andamie, comme à Samothrace, on appelait les divinités honorées dans les Mystères simplement les grands-dieux et à Eleusis les grandes déesses ou le dieu (Hadès) et la déesse (Korè). Les Arcadiens ne désignaient leur déesse de la terre que sous le nom de la « Maîtresse », son vrai nom n'était révélé qu'aux initiés. (Cf. Tertullien, De testimon. animœ, où il rapporte l'usage païen d'invoquer les divinités sous le nom de Deus simplement.) Qu'on se rappelle à ce propos le mot de Victor Henry : « Le nom dans toutes les magies, c'est la personne même. » le nom donne prise sur elle.

Les découvertes récentes des archéologues vont préciser notre récit. A l'est de Cnossos, sur les monts Lassithi, on a exploré une double grotte qui a servi au culte crétois. Un autel de pierres grossières était mêlé aux cendres et aux ossements d'animaux sacrifiés : bœufs, moutons, chèvres ; on a aussi retrouvé de petites tables à libations avec godets, des statuettes de terre cuite et des doubles haches votives en bronze. — On cite également la caverne sacrée de l'Ida, celle de Steunos près d'Azyani, celle de Hiérapolis et de Bogaz-Keuï (Asie-Mineure). — Sur la colline de Prœsos, une enceinte de pierres contenait un autel avec des débris calcinés de victimes. Au milieu des cours du palais de Phaestos s'élevait un autel ; dans de petites chapelles domestiques on conservait des statuettes et des

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