‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 158 sur 239 · VII. LES GRECS OlO · texte numérisé non relu

VII. LES GRECS OlO

doubles haches, on y vénérait également des piliers sacrés où la bipenne ou double hache est gravée jusqu'à dixsept fois : l'un d'eux est même entouré de récipients à libations. Les bucrânes ou têtes décharnées des bœufs immolés restaient comme autant de fétiches suspendus à l'autel dont les cornes elles-mêmes étaient particulièrement sacrées. Sur une bague retrouvée à Mycènes, une déesse assise reçoit les offrandes de trois femmes. Au-dessus de cette scène la double hache est représentée surmontée du soleil et du croissant de la lune : on y a reconnu Gaia ainsi qu'Ouranos, l'arme symboliserait l'éclair qui frappe du haut du ciel. Une bractée d'or figure un édicule à deux étages avec cornes de consécration sur lesquelles reposent deux colombes : c'est sans doute un temple en réduction et l'oiseau signifie la divinité qui vient l'habiter. Une peinture murale nous montre deux femmes adorant un personnage armé de la double hache ; sur une autre on voit trois hommes à tête d'âne. On n'a pas retrouvé de temple à Tirynthe et à Mycènes, mais seulement un autel domestique et une fosse à offrandes dans la cour qui précède le mégaron. Les forêts, les gorges sombres où coulent les sources sacrées, comme celles de Komana en Cappadoce et de l'Ybriz, ont aussi servi primitivement de lieux de culte.

Quelles conceptions religieuses générales préhomériques peut-on inférer de tous ces détails ? A côté de survivances de cultes animalistiques qui rappellent l'époque où l'homme était adonné à la chasse, il s'agit plutôt maintenant de divinités de populations pastorales et agricoles. Les divers cantons adorent les énergies fécondantes du ciel et de la terre : Ouranos, Zeus et leurs parèdres : Gaia, Rhéa, diverses Atémis, Dèmèter, Dionè, Cybèle, etc.; le soleil qui les éclaire et les brûle mais qui fait aussi mûrir leurs moissons: Hélios, Lucos, Apollon; la lune, sa compagne nocturne, qui pour cette particularité est souvent mise en rapport avec les morts couchés dans la nuit du sépulcre : Hécate, Men, Artémis. D'autres divinités président à l'élevage des troupeaux, tels : Apollon Carnéios, Hermès Criophore, Poséidon hippios, Kronos, Héra, une Artémis tauropole ou« aux taureaux ». Voici des divinités qui font pousser la végéta-

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lion : Zeus fégaios (aux faines) et phytalmios, une Athènè nymphe de l'olivier, une Art émis sylvestre, Pandrose,Damiar Auxésia, Aristaios, Hyakintos, etc. Parmi ces divinités phytomorphiques Dionysos est surtout appelé à un avenir brillant.Chez les Thraces, dieu des solitudes boisées, que ses fidèles honorent par des ripailles et des danses frénétiques, il est en Crète un taureau rituellement dévoré et en Attique un dieu des arbres fruitiers et particulièrement de la vigner tandis qu'il garde encore de nombreux traits d'une vieille divinité animale (taureau, renard, bouc) en Béotie. En Phrygie il fusionne son culte avec celui d'Attis et de Sabazios.

Durant les mois d'hiver la Terre-Mère paraissait violemment séparée de son époux, lequel était considéré souvent comme son fils ou sa fille (mythes de Dèmèter-Coré- Cybèle-Attis, Aphrodite-Adonis). Mais leur réunion se faisait au printemps ; on offrait alors à la terre nourricière des sacrifices pour la revigorer : la castration des Galles, fidèles de Cybèle, paraît avoir eu primitivement ce rôle. Mais avec le développement anthropomorphique du mythe et du culte, les fidèles en vinrent à se proposer surtout d'imiter la passion de leur dieu ; quant au retour régulier de la floraison printanière, il leur parut un gage et une preuve de leur survie avec leur divinité mère, hospitalière aux morts.

De cette foule innombrable de dieux si divers selon les cantons et probablement au fond si ressemblants, certains émergent, se localisent ou voyagent au gré d'événements historiques ignorés. Le fort absorbe le faible : Lycos, dieu de la lumière en Arcadie et en Béotie, est absorbé par Zeus, le grand dieu de la lumière céleste, d'où son nom de Zeus lycien. Des divinités composites en fusionnent plusieurs autres. Les dieux anthropomorphes obtiennent la prépondérance et s'adjoignent en les supplantant, en des légendes appropriées, les dieux animaux ou végétaux. Les cités organisent les rites, règlent le calendrier et remanient les mythes selon leur intérêt. Le progrès se fait dans le sens de l'anthropomorphisme et de la moralisation des dieux. Tandis que la foule des petites gens conservera toujours ses préférences pour tel arbre sacré auquel elle suspend des offrandes, pour tel vieux xoanon vermoulu, telle grotte

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