‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 160 sur 239 · L ANTHROPOMORPHISME · texte numérisé non relu

L ANTHROPOMORPHISME

3. Si les épopées homériques ne se livrent point à des spéculations théogoniques, ce sont cependant des œuvres profondément religieuses. La religion est véritablement l'athmosphère dans laquelle vivent les hommes d'alors. Derrière tous les événements ils voient toujours quelque divinité qui les favorise ou les poursuit de sa haine, les récompense ou les châtie : les secrets mouvements du cœur n'échappent même pas à son influence. Les mortels, êtres éphémères et faibles, condamnés à la souffrance et à la mort, n'ont de force et ne peuvent espérer de succès que par l'appui de protecteurs divins.

Zeus reçoit encore l'appellation depélasgique et dodonéen. Zeus pleut, il assemble les nuages, etc., la terre est encore

la déesse à la large poitrine, mais cependant les dieux ont. achevé de se dégager des phénomènes naturels dans lesquels ils s'incarnaient. Ils aiment à banqueter entre euxr à faire preuve de courage, d'esprit, de beauté, souvent même de justice : ils ne sont ni meilleurs ni pires que leurs adorateurs déjà très policés. On a noté un certain progrès religieux de l'Iliade à l'Odyssée ; les dieux dans le second poème ne sont plus en lutte et généralement ils accordent leur faveur à de justes causes. Un héros de l'Iliade s'oublie jusqu'à s'écrier : 0 Zeus le plus menteur des dieux ! Dans l'Odyssée ce blasphème serait puni sans tarder.

Bien que conçus à l'image de l'homme, les dieux le surpassent pourtant en taille, en force, en beauté, mais surtout ils sont immortels. Zeus est un homme d'une majesté merveilleuse, qui, la foudre en main, trône dans les hauteurs des cieux. Poséidon habite une grotte au fond des mers ou se promène en maître sur les ondes, accompagné des tritons et des nymphes. Les dieux mangent et boivent, ils sont fatigués, ils souffrent, mais leurs blessures guérissent vite, car leur corps, formé d'une nature plus subtile, est incorruptible, grâce à l'ambroisie ou liqueur céleste que leur verse un gracieux échanson.

« Les dieux savent tout, « disent les épopées, bien qu'ils soient souvent trompés par d'autres collègues plus astucieux. De même le poète éprouve de la répugnance à leur attribuer l'injustice, le manquement au serment. « Les parjures sont punis sous terre» (IL, ni, 278). «Que Zeus protecteur des suppliants me venge, dit Ulysse, lui qui veille sur les hommes et punit quiconque fait le mal» (Odys., xm, 213). Cependant un vieux passé continue à peser sur les croyances d'Homère, il conte la haine, la jalousie, la vengeance, l'infidélité, la duplicité des dieux. Héra déteste lesTroyensparce que l'un d'eux lui a préféré la séduisante Aphrodite, et Poséidon les Phéaciens, uniquement parce qu'ils sont habiles dans l'art de la navigation. Ils considèrent l'opulencer surtout si elle s'étale avec orgueil, comme une atteinte à leur dignité, et ils la poursuivent jusque dans la série desgénérations. On les croit accessibles à la flatterie : Hector promet un somptueux péplos à Athènè si elle prend en pitié les Troyens. Aphrodite, vieille divinité sensuelle des-

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