VII. LES GRECS
dictions sur ceux qui respectent l'équité, car trente mille Immortels en son nom observent les actions des humains ; au contraire la famine, la contagion, la guerre sont réservées aux injustes : « souvent même une cité entière est frappée pour les crimes d'un seul » (vers 238).
Sa charité est intéressée, elle se fait libérale, car « cela procure un doux contentement ; » il ne pardonne qu'après satisfaction reçue, autrement œil pour œil et dent pour dent ; il réprouve l'infidélité du mari mais parce qu'« une maîtresse dissipe tous les biens. »
Hésiode rappelle d'antiques défenses ou tabous. Il ne faut point souiller les rivières de ses excrétions, pas même uriner en face du soleil, encore bien moins s'approcher du foyer après le commerce charnel, se baigner avec des femmes ou s'approcher de son épouse après un repas funèbre, etc.
La Théogonie offre, dans l'espace de mille vers environ, un exposé complet des origines du monde et des parentés des dieux. L'auteur a rapproché, concilié en un vaste classement, des traditions éparses, confuses, contradictoires ; il s'élève au-dessus des dieux de cité et de canton : c'est un véritable panthéon hellénique qu'il décrit.
Les premiers éléments des choses sont pour lui le Chaos, l'espace sans bornes, réceptacle naturel de l'univers, la Terre « au large sein » et l'Amour principe de l'union des êtres et de toute vie. Le Chaos engendre la Nuit et le Jour qui semblent en effet le remplir, Gaia est mère d'Ouranos, le Ciel qui la couvre, puis des montagnes et de la Mer. Ouranos uni à Gaia donne naissance à Kronos qui mutila son père parce que celui-ci renfermait ses enfants dans leur mère, la Terre, mais de son sang naquirent les Ërynnies chargées de poursuivre les meurtriers. De Rhéa, Kronos eut trois filles : Dèmèter, Hestia et Héra; trois fils : Hadès, Poséidon et Zeus « père des dieux et des hommes». Heureusement Zeus, soustrait par sa mère à la voracité de son père (légende née probablement à l'occasion de meurtres rituels d'enfants), après une lutte terrible contre les Titans, ses oncles, obtient l'empire du monde. Le mythe de Prométhée, condamné par Zeus à être cloué sur un rocher où un aigle lui dévore le
foie, est ainsi interprété par M. S. Reinach : « Dans les mythologies primitives, l'aigle est l'oiseau qui s'est élevé jusqu'au ciel pour y prendre le feu et l'apporter aux hommes ; d'autre part l'aigle est épargné par la foudre et on l'emploie comme paratonnerre en le clouant au sommet des édifices. De là le nom d'aigles (aétoi)donné aux frontons des temples grecs ; de là aussi la légende de Prométhée qui répond au dialogue naïf que voici : « Pourquoi cet ai- « gle est-il crucifié ? — C'est sa punition pour avoir volé le feu «du ciel.» A l'origine la légende est celle du châtiment de l'aigle ; quand on substitua à l'aigle prométhée (« le prévoyant », nom de l'aigle comme oiseau d'augure) le Titan Prométhée, l'aigle resta dans la légende, mais de victime, il devint bourreau (1). »
période d'épuration
1° Le courant critique ou rationaliste.
5. La religion grecque ne possédait pas de credo doctrinal arrêté sous le contrôle d'un corps sacerdotal. Les prêtres se contentaient de l'administration du sacré, ils racontaient les légendes rattachées au temple qu'ils desservaient mais n'exerçaient pas proprement d'enseignements religieux. Ils étaient donc incapables de remédier au conflit formidable qui allait grandir durant des siècles entre les vieilles croyances naturistes, en partie legs d'un passé barbare, et la science ou la philosophie naissantes — conflit encore accusé par le progrès moral d'un grand nombre qui éprouvent alors un très vif sentiment de leurs droits. Tandis que l'ancienne religion persiste, maintenue comme le nécessaire lien social de la cité par la routine des foules, l'élite cherche à l'épurer. Au ve siècle on voit même, chose inouïe, des hommes qui se vantent d'être athées ! Mais cette position extrême est fort rare, la plupart se conten-
(1) Orpheus, p. 125.