‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 164 sur 239 · VII. LES GRECS · texte numérisé non relu

VII. LES GRECS

tent d'amender les mythes. Les uns usent de la méthode allégorique pour indiquer leur signification soi-disant plus profonde : Zeus et Héra, par exemple, deviennent des force naturelles, et leurs actes des combinaisons et des conflits d'éléments. Ainsi grandit une religion nouvelle philosophico-scientifique, qui donne au soleil et aux astres la première place parmi les dieux. Aristote s'en inspire. D'autres écartent simplement ce qui leur paraît inconvenant pour les dieux dans les anciennes légendes et leur juxtaposent une morale ou même parfois une philosophie religieuse, tels : Pindare, Eschyle, Sophocle, Socrate et Platon.

Enfin il est d'autres âmes chez lesquelles s'intensifient et s'approfondissent les besoins religieux de purification, d'union à leur divinité et de préparation à l'autre vie : tels furent les membres des confréries orphiques.

Quelles causes indiquer à cette rénovation profonde ?

Th. Gomperz et P. Tannery pensent que les Grecs d'Asie particulièrement profitèrent du savoir des castes sacerdotales de Chaldée et d'Asie, savoir qu'ils traitèrent avec un esprit plus libre et plus soucieux d'intelligibilité : ainsi furent fondées la philosophie et la science en Ionie dès le vne siècle. D'Azambuja (1) rappelle aussi « l'influence combinée des loisirs (par opposition à l'état de luttes et d'anarchie de la Grèce propre), de l'ouverture d'esprit, des longues conversations sur les places publiques, qui tendait à élaborer l'état d'âme de ceux qu'on a appelés les sages. »

Au point de vue politique, la cité succède aux vieilles royautés patriarcales ; l'ancien génos ou groupes de familles qui honoraient un commun ancêtre, se démembre : l'individu affranchi des contraintes familiales devient de plus en plus son maître. Dans les institutions oligarchiques qui font place, après une série de révolutions, aux démocraties locales, c'est à la loi qu'il a contribué à faire lui-même qu'il obéit. L'extension de la propriété individuelle et la pratique journalière de la vie politique accroissent encore les

(1) La Science sociale, 28e et 29e fascicules, p. 129, réunis en volume en 1906.

sentiments individualistes. Or des citoyens prennent plus facilement conscience de leurs droits et supportent plus impatiemment l'injustice. Les divinités elles-mêmes ne pouvaient que se ressentir de ce progrès de la civilisation : nous allons en signaler les preuves dans la littérature des viie, vie, ve et ive siècles.

« Quiconque a le cœur criminel ne peut échapper longtemps à Zeus, s'écrie Solon, il est bientôt découvert. Celuici est puni tout de suite, cet autre un peu plus tard... la punition méritée par les pères retombe sur leurs enfants innocents ou sur leurs petits-enfants. » L'ancienne conception de la rétribution sous forme de vengeance divine qui ne peut manquer de s'exercer inspire donc à son insu le réformateur de l'Attique. Elle soulève cependant l'indignation de Théognis (vers 560) : « Zeus vénéré, dit-il au Maître suprême, s'il plaît aux dieux que le scélérat pratique la violence, que ne leur plaît-il aussi qu'il expie luimême ensuite le mal qu'il a fait, sans que les transgressions des pères fassent plus tard le malheur de leurs enfants ?» Il ose reprocher à Zeus de mettre sur la même ligne, au moins durant quelque temps, les justes et les méchants. En ce monde il faut malgré tout redouter la justice des dieux et surtout leur haine implacable contre les superbes ; dans l'autre vie au contraire, '« si bon que j'aie été, reconnaît-il, je ne verrai plus rien. »

La poésie aristocratique de Pindare (né vers 521) révèle des conceptions beaucoup plus élevées au sujet des dieux. D'abord il corrige les mythes qui lui paraissent peu en rapport avec leur supériorité. Ce n'est pas le corbeau qui apprit à Apollon l'infidélité de Coronis, c'est sa science infaillible; Héraklès n'a jamais lutté contre trois divinités : « Écarte ces propos de ma bouche... point de ces bavardages insensés, loin des Immortels la guerre et les combats ! » Olymp., ix, 54. On hérite pourtant des vertus ou des vices de sa famille, mais par-dessus tout, « ô Zeus, c'est de toi que viennent les vertus qui font cortège aux mortels ; la félicité des sages est durable, mais les succès des pervers n'ont qu'un temps, » Isth., m, 6. L'idée de rétribution future, en fonction des doctrines orphico-pythagoriciennes qu'il connut en Sicile vers 475, est nettement exprimée. Les

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