VII. LES GRECS
idéal, est le protecteur des g'ymnases. Athènè reste la déesse vaillante à la guerre, mais aussi l'inspiratrice des artistes et des profonds politiques.
On vénérait aussi des médiateurs entre les dieux et les hommes, tels: Persée, Aristée, Éaque, et surtout H éraklès, qui dans l'imagination populaire représente de plus en plus le bourru très bienfaisant. Les cités rendent un culte à leur fondateur présumé, dont le tombeau et le temple (héroon) s'élèvent ordinairement au milieu de l'agora. On y conserve leurs reliques : tels le cercueil d'Oreste, l'épaule de Pélops, la lance d'Achille, etc.; leurs restes sont parfois transférés en grande pompe dans leur ville natale, car ils continuent à combattre pour elle. On consulte l'oracle de Delphes sur la « canonisation » ou héroïsation de certains défunts.
Chez Homère le mot daimon désigne quelque intervention d'un dieu inconnu ; chez Hésiode il est appliqué aux hommes du premier âge devenus les anges gardiens des hommes ; à l'époque classique les démons sont des génies mâles ou femelles, bienfaisants comme la Fortune, l'Équité, la Force, la Bonne Humeur, la Pudeur, etc., malfaisants comme les Alastores, les Spectres, Empuse, Mormo, l'Injure, etc. L'épilepsie était considérée comme une véritable possession démoniaque, on procédait à des exor- •cismes contre l'esprit malin : prières, menaces, adjurations, rites magiques étaient usités.
L'image à'Eanostos, adoré des meuniers, se trouvait dans tous les moulins ; les potiers redoutaient Asbetos, Syntrips, Omodamos, Smaragos et Sabaktés pour les dangers qui menaçaient la cuisson des vases ; Taraxippos faisait peur aux chevaux ; Evhodos donnait un heureux voyage. Des confréries qui se réunissaient le 10 et le 20 du mois honoraient les démons Dékadeus et Eidëkadeus. Sophocle appelle la Peste une divinité redoutable (Œdipe- Roi, 28); les frayeurs soudaines étaient attribuées à Pan, ■et les cauchemars à des démons qui étreignajent la poitrine des dormeurs; avant la bataille d'Arbelles, Alexandre offrit durant la nuit un sacrifice à Phobos, la Peur. Platon croit qu'un démon est affecté à chaque homme dès sa naissance.
Toutes les divinités sont mêlées à des histoires qui, de naïves et barbares, se font pleines d'art et de vie : la Grèce n'est-elle pas la terre classique des mythes ? Ils passent par une phase orale, puis écrite, et se compliquent d'âge en âge ; le plus souvent les épisodes historiques et les thèmes folkloriques se recouvrent et se combinent avec des confusions d'origine onomastique, topographique, chronologique et liturgique : d'où la très grande difficulté des analyses. M. A. Dufourcq les classe en cinq séries d'après leurs origines. Ils nous livrent d'abord des fragments d'histoire déformée : le labyrinthe de Minos, la destruction d'Hélikè, en 733, par un tremblement de terre attribué à la colère de Poséidon, etc. D'autres contiennent des légendes nées à l'occasion d'événements historiques : on cite la lutte contre les Titans et le déluge de Deucalion, reflets de catastrophes sismiques ou de raz-de-marée, les travaux d'Héraklès qui rappelleraient la longue guerre des Héra clides pour supplanter les Pélopides dans le Péloponèse. Enfin l'imagination enfante partout une série de thèmes selon que c'est le désir de se protéger, ou le désir de s'admirer ou celui de comprendre qui incite l'homme à créer des récits pour satisfaire son esprit. Parmi les thèmes protecteurs, on rangerait ceux qui légitiment tous les rituels ou décrivent l'origine des recettes efficaces : tels le mythe de Dionysos-Zagreus chez les Orphiques, celui de Kronos avalant goulûment une pierre sacrée, les descentes aux enfers qui enseignent l^irt d'échapper aux difficultés du grand voyage. Peuvent être sujets de thèmes admiratifs, un homme (mythes des héros), une cité ou un peuple (légendes patriotiques), une famille qui prétend descendre des dieux, un sanctuaire désireux de se donner des titres de noblesse comme celui de Delphes (lutte d'Apollon contre le serpent Python) ou de Délos (naissance d'Apollon et d'Artémis sous le palmier de Délos) (1).
Les thèmes explicatifs paraissent de beaucoup les plus nombreux. Il en est qui se proposent de rendre compte des phénomènes naturels : tels le mariage du ciel et de la
(1) Habert, La religion de la Grèce antique, Introduction de M. Dufourcq, p. xvni sq.