VII. LES GRECS
terre, la légende de la disparition de Korè, la végétation, fille de Dèmèter. L'imagination se donne aussi libre cours pour expliquer les œuvres d'art, la statuaire et l'iconographie du temps, non moins que les rites devenus inintelligibles. Peut-être l'image de Sisyphe roulant un rocher parce qu'il avait travaillé à l'Acrocorinthe, et celle des Danaïdes arrosant le pays avec des vases percés pour provoquer magiquement la pluie, donnèrent-elles lieu aux mythes connus, quand fut née l'idée de châtiment dans l'autre vie ( S. Reinach ). Les Thessaliens expliquaient leur culte archaïque des fourmis par le fait que Zeus, sous la forme d'une fourmi (murmex), avait rendu mère la fille de Clétor, l'ancêtre des Myrmidons. Les Rhodiens jetaient chaque année à la mer un char en feu attelé d'un cheval blanc pour aider le soleil: d'ouest venue probablement la légende de Phaéton. Bien des récits ont eu également pour rôle d'expliquer des fusions de cultes (1).
Quoi qu'il en soit des mythes, ils comptaient peu dans la religion, la piété consistant surtout à honorer les dieux suivant leurs désirs par les prières et les sacrifices traditionnels. Il n'y avait pas de règle de foi, pas même de livres saints, car Homère et Hésiode liaient peu la croyance des Grecs. La religion se confondait avec la vie nationale, l'État supportait la plus grande partie des frais du culte public et punissait les atteintes aux rites sacrés. Or l'État est démocratique dès le ve siècle, soucieux d'égalité et d'indépendance jusqu'à en être ombrageux. De plus l'Hellène est raisonneur, il aime comprendre et discuter, on ne le voit guère donnant à une corporation sacerdotale une soumis-
(1) Parfois les mythes puisent à cinq sources secondaires : à Vêtymologie : Aphrodite née de l'écume (aphros), Phytalos aurait planté les arbres {phytalia, plantation) ; à la morale: Ze s épouse Thémis (la Justice) et Méthis (la Sagesse); à la vie sociale: la vie des dieux est modelée sur celle des hommes, Zeus séduit Héra avant de l'épouser, usage samien; aux attributs des dieux qui donnent lieu à d'autres divinités ou à des héros et réciproquement ; aux influences étrangères : selon le P. Dhorme, Orion, le chasseur infatigable, serait Nibib, constellation d'Orion et dieu de la chasse en Babylonie ; l'Horus égyptien, enfant qui se tète le doigt, serait devenu Harpocrate, dieu du silence chez les Grecs.
sion de fidèle : il n'y eut donc pas de clergé en Grèce, le prêtre resta subordonné au magistrat. « On trouve des prêtres et des prêtresses toujours ministres d'un dieu, jamais groupés en communautés ni ambulants comme les prêtres des cultes non reconnus, ni préposés comme les druides de la Gaule à l'enseignement. Il n'y avait pas non plus de séminaires pour l'éducation des prêtres ; chaque prêtre apprenait le rituel d'un dieu en le servant... Le prêtre athénien devait être un citoyen jouissant de tous ses droits, physiquement intact et de mœurs pures. Quelquefois le célibat était exigé ; mais les prêtresses elles-mêmes étaient souvent mariées. On choisissait pour certains sacerdoces des jeunes filles qui cessaient d'être prêtresses en se mariant. Si un prêtre ou une prêtresse perdaient un enfant, ils devenaient tabous et devaient se démettre de leurs fonctions pour ne pas souiller l'autel. Il n'y avait pas de règle fixe pour l'ordination. Les charges se transmettaient par hérédité, ou par achat, ou par élection et tirage au sort. Beaucoup de fonctions religieuses étaient héréditaires dans les grandes familles; de ce nombre étaient les sacerdoces d'Éleusis... Les prêtres étaient très respectés. Leurs revenus, souvent considérables, dérivaient surtout des sacrifices, de la vente des peaux et de la viande des victimes, dont ils partageaient les bénéfices avec l'État (1). » Le prêtre, avant de présenter la victime, ne devait pas avoir touché un tombeau, il évitait les sacrilèges et les femmes à leurs époques, il devait même se refuser les relations conjugales. L'animal couronné de fleurs était conduit processionnellement devant l'autel, où il était frappé de la hache. Les cuisses particulièrement étaient offertes aux dieux et on prenait soin que parla cuisson la fumée s'élevât bien droite jusqu'au ciel. En certaines solennités on offrait à Zeus une hécatombe de bœufs. Des porcs étaient sacrifiés à Aphrodite et à Dèmèter, des chevaux à Poséidon et à Hélios, des ânes à Priape, des chèvres à Artémis. Les prêtres après les divinités prenaient la meilleure part de la victime ; ensuite les assistants, armés de brochettes, cuisaient leur part au feu de l'autel et, commensaux du dieu, banquetaient
(1) Orpheus, p. 135.