LA RELIGION DES PRIMITIFS ACTUELS
7. Les primitifs actuels, que l'on appelle encore demicivilisés, non civilisés, ou, suivant l'expression anglaise, peuples de « basse culture », sont ceux même qui, vivant de nos jours, ont une civilisation grossière, barbare, primitive. Ces termes sont très imprécis, et il est clair que parmi ces peuplades que nous nommons sauvages, il existe des divergences de culture et de civilisation. On peut établir la plus ou moins grande primitivité d'une organisation humaine donnée. On se sert pour cela des signes dits culturels : industrie (pierre ou métaux), vêtements, habitation, organisation familiale et sociale en clans (groupement familial), en tribus (groupement ethnique). Ces caractères matériels de civilisation sont accompagnés de conceptions religieuses, morales, magiques, qui ne corres-
pondent pas toujours à la primitivité de la culture matérielle, mais qui, dans l'ensemble, leur sont souvent proportionnées. L'état actuel des études ethnographiques ne permet guère d'ordonner les diverses peuplades sauvages suivant une échelle progressive, du moins au plus primitif. On s'accorde généralement pour regarder comme très primitifs les Australiens, les Pygmées, les Dayacks, les Bantous, etc.
Quoi qu'il en soit, il est possible d'étudier d'ensemble la mentalité moyenne, les croyances communes de ces diverses peuplades. Andrew Lang a donné d'eux un signalement extérieur qui, bien qu'incomplet, ne manque pas de précision. « Au point de vue de la civilisation matérielle, le vrai sauvage est celui qui n'emploie que des outils de pierre et de bois, qui ne connaît pas les métaux, qui est nomade plutôt que sédentaire, qui ne connaît que les formes les plus grossières, si même il les connaît, delà poterie, du tissage, etc., et que la forme la plus rudimentaire de l'art de faire le feu, qui tire sa nourriture du produit de sa chasse, de racines et de plantes sauvages, plutôt que de l'agriculture ou de la viande des animaux domestiques. En psychologie, le sauvage est l'homme qui, étendant inconsciemment à tout l'univers la conscience qu'il a de sa personnalité, regarde tous les objets naturels comme des êtres intelligents et animés, etc. En religion, le sauvage est celui qui, bien qu'il sente probablement en lui une foi morale beaucoup plus haute en certaines circonstances, croit surtout aux esprits des ancêtres et aussi aux esprits des bois, des fontaines, celui dont les prières ont un caractère essentiellement magique, qui adore des objets inanimés et qui même implore les animaux comme protecteurs surnaturels, Au point de vue social, c'est l'homme qui fait reposer ses lois sur les règles bien définies du totémisme (sens large), c'est-à-dire, de la parenté de l'homme avec les objets naturels, et qui s'appuie sur le caractère sacré de ces objets, pour motiver les interdictions en matière de mariage et les vengeances obligatoires, qui fait de l'habileté en magie un titre à un rang élevé (1). »
(1) A. Lang, Mythes, cultes et religions, p. 31, note 2.