VIII. LA RELIGION ROMAINE
à une foule d'autres choses qu'il est inutile d'énumérer ici et touchait souvent à la magie. Les magistrats se transmettaient le droit d'auspice, et comme ils n'avaient qu'à signaler l'opposition des dieux pour arrêter un vote, faire dissoudre une assemblée, ajourner le départ d'une armée, on voit quel instrument était ce droit aux mains des patriciens. La conquête religieuse marcha de pair avec la conquête politique dans la lutte qui se termina par l'égalité des deux ordres.
7. Des végétaux, des animaux tiennent une place assez considérable dans les superstitions et les coutumes religieuses des Romains : le pivert (picus), dont l'anthropomorphisme fit un roi légendaire; le poulet, dont l'appétit l'emportait sur les décisions des généraux; le loup, l'aigle, le sanglier qui figuraient sur les enseignes militaires ; oies, taureaux, brebis, serpents, animaux de sacrifices ou d'augure, objets de vénération ou revêtus d'un caractère qui semble attester une ancienne zoolâtrie. Parmi les végétaux, la fève doit peut-être aux doctrines pythagoriciennes le caractère religieux qui lui fait jouer un rôle dans certaines cérémonies ; mais que dire du figuier, de l'oignon, sans parler d'autres espèces mêlées aussi aux plus bizarres recettes de la médecine ou de la magie ? Tout cela est trop obscur pour qu'on se risque à une explication. Que ces survivances, tant à Rome qu'ailleurs, remontent aux plus anciens rapports entre l'homme et les animaux, cela est fort vraisemblable; mais qu'en Italie, ces rapports aient pris la forme totémique, on a pu l'affirmer, non le démontrer. On ne saurait tirer argument des noms romains empruntés aux espèces animales, et qui n'ont peut-être rien de plus mystérieux que nos Lecoq et nos Renard, que les Wolf ou les Fuchs des Allemands.