Il existait à Rome de nombreux interdits
(1) Nous préférons n'user point du mot tabou, surtout parce que la mode couvre de ce vocable sauvage des faits très divers et dont il semble que beaucoup puissent s'expliquer par la plus élémentaire psychologie. Pour un peu on appellerait tabou tout ce qui est défendu, même des usages qui manifestement n'ont d'autres origines que le respect ou la bienséance, et qu'une prescription
jours néfastes, où l'on ne devait pas prononcer officiellement les mots du culte et du droit (fari) ; jours fériés, où Ton ne travaille pas, sauf exceptions tirées de l'utilité; défense de couper le bois consacré aux dieux, sinon par la main des prêtres, avec un cérémonial particulier ; défense au dictateur de monter à cheval, au flamine dialis d'user de fèves, de toucher un cheval, de marcher sur une vigne, etc. Certaines de ces interdictions sont levées par des purifications, ainsi lorsqu'on s'est trouvé en contact avec un mort, ou par la nécessité, comme de faire usage d'armes prises sur l'ennemi et consacrées aux dieux.
9. Y a-t-il trace de fétichisme dans la vieille religion romaine ? Cela est assez difficile à décider. Sans doute, Jupiter, dieu de la guerre, était figuré par une lance, et l'on honorait cette lance. Est-ce à dire que Jupiter était censé habiter cette lance, ou bien doit-on la considérer comme un symbole très simple, naturel même en un temps où l'anthropomorphisme n'avait pas encore envahi la religion, où la sculpture était à peu près inconnue à Rome ? Lorsqu'on constate les confusions que font des protestants et des israélites actuels, même savants ou éclairés par ailleurs, au sujet de certaines parties même fondamentales du catholicisme, comment prétendre, sans outrecuidance risible, trancher pour des époques et des idées qui nous sont, en somme, si mal connues et pari ois si étrangères ? Le silex (Jupiter lapis) avec lequel les Féciaux immolaient un porc n'est-il pas simplement un instrument primitif rituellement conservé ? La pierre qui représentait Jupiter, cette borne que l'on faisait sortir pour demander la pluie (Jupiter Elicius), n'est-elle pas un symbole d'une attribution particulière du dieu de la lumière, de la pluie, du vent, du tonnerre, de qui par là même dépendait l'agriculture, du dieu gardien des bornes et des champs également honoré sous la forme d'une borne dans le temple du Capitole? L'esprit pratique des vieux Romains, redisons-le, ramenait volontiers ses dieux à des fonctions terre à terre et précises. Tout cela semble se rattacher assez logiquement au système des
religieuse a consacrés. Est-il même juste d'assimiler au tabou la consécration aux dieux des objets ou des êtres vivants ?