‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 183 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

Il n'y eut jamais à Rome de conflit entre l'État et le clergé, parce que les mêmes personnes présidaient à la religion et gouvernaient la République. Les anciens s'étaient parfaitement rendu compte de ce fait (1). Les prêtres n'étaient que des magistrats préposés aux choses sacrées.

On distinguait le culte public (sacra publica) et le culte privé (sacra privata), dont l'un concernait l'État, l'autre la famille ou la gens.

Le culte public était entre les mains du rex sacrorum, héritier de quelques-unes des prérogatives royales. Il s'exerçait par les flamines majeurs de Jupiter, de Mars et de Quirinus, enchaînés par des règles étroites, empreintes d'antiques superstitions, et douze flamines mineurs ; par les quatre grands collèges : 1° des Pontifes, que présidait le grand pontife dont l'autorité ira toujours croissant, si bien que, sous l'empire, le prince prendra le plus souvent ce titre pour lui-même ; le grand pontife, assisté de son collège, surveille tout le culte national (2), nomme les flamines, rédige le calendrier, préside aux cultes de Jupiter Capitolin et de Vesta, il est le chef des Vestales, gardiennes du foyer de l'État, jeunes filles de naissance libre, qui dès l'enfance sont vouées au culte de la déesse et doivent y demeurer trente ans, sans laisser s'éteindre le feu ni manquer à leur vœu de virginité, sous peine d'être enterrées vives ; 2° des Augurés, interprètes des auspices ; 3° des Quindecemviri sacris faciundis, qui conservaient et interprétaient les Livres sibyllins et furent les principaux introducteurs du culte grec en Italie ; 4° enfin, des Septemviri epulones qui préparaient les repas sacrés, ce à quoi, prétendait la malignité publique, ils s'entendaient à merveille. Il y avait en outre des confréries officielles chargées par l'État de divers cultes : Luperques, qui célébraient Faunus et Pan, dieux rustiques ; les frères Arvales, collège patricien qui adorait Dea Dia ; les Salièns, consacrés à Mars, gardiens des boucliers sacrés, dont la forme mycé-

(1) Cicéron, Pro domo sua, i.

(2) La création de ce collège permit à l'État de conserver la haute main sur les cultes étrangers.

nienne atteste l'antique origine (1) : le chant des Saliens, l'un des plus curieux monuments conservés de la très vieille langue latine, accompagnait la danse sacrée de ces prêtres; les Féciaux, chargés des cérémonies religieuses dans les relations avec l'étranger, déclarations de guerre, traités de paix ou d'alliance, etc. Enfin quelques cultes publics, pour divers motifs, demeuraient le privilège de certaines familles patriciennes.

12, Les sacrifices avaient lieu dans des endroits consacrés, temples ou chapelles. Ils avaient pour but soit de connaître la volonté des dieux par l'inspection des viscères, soit de s'assurer leur bienveillance, de les remercier, ou d'apaiser leur courroux. Ils étaient sanglants ou non sanglants. Les premiers consistaient surtout en offrande des produits de la culture, en lait, en gâteaux ; parmi les seconds, les plus solennels étaient les suovetaurilia, dont le nom indique la nature des victimes. Les sacrifices humains n'étaient pas inconnus aux Romains, et si, dans la plupart des cas, on eut de bonne heure recours à la substitution ; cependant encore après la bataille de Cannes on enterra vivants dans le forum boarium deux couples de Grecs et de Gaulois; Tite-Live en relatant le fait a soin d'avertir qu'il n'était nullement conforme aux habitudes romaines, mais cette assertion paraît plus optimiste que vraie. Le traitement infligé aux Vestales semble bien avoir le caractère d'un sacrifice expiatoire (piaculum) pour les crimes commis envers la déesse autant que d'un châtiment, comme du reste l'exécution des condamnés à mort.

Le ver sacrum, consécration aux dieux de tout ce qui était né dans un même printemps, hommes et bêtes, était sans doute à l'origine un sacrifice sanglant, mais à l'époque historique cette consecratio se bornait à l'expulsion du territoire et à la fondation d'une colonie, plus tard encore à l'immolation des seuls animaux habituellement offerts en sacrifice. En général, la religion romaine, telle que Numa l'avait réglée, non seulement proscrit les sacrifices humains, mais préfère les sacrifices non sanglants.

(1) Helbig, Sur les attributs de Saliens. Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. xxxvn, 2e partie, 1905.

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