‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 185 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

14. Accueillante à tous les dieux, de par l'idée qu'elle se faisait de la divinité, s'associant avec les peuples vaincus leurs dieux qu'elle avait parfois évoqués pour les faire passer de son côté, Rome vit de très bonne heure s'introduire dans son panthéon des dieux italiques, puis ce furent des dieux étrangers, grecs surtout d'abord. Elle se contentait de ne pas leur élever de temples dans l'intérieur de l'enceinte. Sous les Tarquins cependant des éléments étrangers s'incorporèrent à la religion primitive. La triade Jupiter, Junon, Minerve, était très vénérée en Étrurie. Les deux premiers de ces dieux étaient déjà honorés à Rome ; Minerve au contraire paraît y avoir été importée. Tarquin l'Ancien établit sur le Capitole la célèbre triade, qui s'y implanta si bien qu'elle devint le symbole même du culte romain et se répandit en même temps que la domination romaine : en Gaule, Besançon, Toulouse montrent encore les restes de leur Capitole où l'on adorait la triade. Beaucoup d'autres cités firent de même dans la plupart des provinces. C'est vers le même temps que l'on commença à Rome à représenter les dieux sous les traits humains, et dès lors, bien que modérément encore, l'anthropomorphisme porte quelque atteinte au pur idéalisme antérieur ; c'est alors que l'on commence à consulter l'oracle de Delphes, alors enfin que furent introduits les livrés sibyllins, recueil qui passait pour contenir les volontés des dieux et que l'on consultait dans les circonstances graves. Ils étaient d'origine grecque et mêlèrent au culte primitif bien des pratiques étrangères ; tels furent les lectisternes ou repas offerts aux douze grands dieux ou à quelques-uns d'entre eux, les supplications, composées de prières et de rites entièrement nouveaux à Rome. Beaucoup de divinités grecques, Apollon, Artémis, Latone, obtinrent alors un culte officiel, qui fut assuré par un collège spécial, celui des decemviri sacris faciundis. On* sacrifia romano ritu et grœco ritu. Mais longtemps encore il fallut un sénatus-consulte pour adopter des dieux nouveaux. On surveillait les écrits religieux et au besoin on les supposait, Or, le peuple faisait bon accueil à ces nouveautés, car, tandis que le jus sacrorum réservait aux seuls patriciens l'exercice du culte public, les plébéiens, pour invoquer les dieux nouveaux, purent

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se passer de l'intermédiaire de leurs patrons. Le grand temple de Jupiter Capitolin était un bien commun à tous. Ainsi les cultes étrangers rapprochaient les ordres et préparaient l'égalité religieuse (1).

15. Croyant reconnaître ses propres dieux dans les divinités grecques qui exerçaient à peu près les mêmes offices, le Romain, quand il se trouva en relation constante avec le monde hellénique, c'est-à-dire surtout après les guerres puniques, les assimila les uns aux autres : sous une brillante mythologie, peu à peu s'effacèrent les pauvres conceptions des Indigitamenta. Les arts plastiques achevèrent l'éducation de l'esprit romain et complétèrent l'œuvre de la mythologie. Toutefois, nous le répétons, la tendance à l'abstraction survécut à ces modifications. Mais volontiers on représenta plastiquement de simples idées.

Bien qu'elle perdît ainsi de sa pureté primitive, longtemps la religion n'en souffrit pas trop. La foi demeurait. Il n'en fut pas de môme quand, après l'an 146, marqué par la destruction de Carthage et la réduction de la Grèce en province, l'hellénisme, non plus classique, mais alexandrin, s'introduisit à flots. Entrèrent avec lui la philosophie et le scepticisme. Le roman de l'évhémérisme explique la mythologie suivant un système historique et rationaliste : les dieux sont en réalité des grands hommes divinisés. Alors la légende, s'attaquant à d'antiques divinités italiques, Janus, Saturne, en fit des rois primitifs. Ennius, introducteur de cette doctrine, mais éclectique, comme plus tard Virgile, explique aussi la mythologie suivant la méthode philosophique de Pythagore. Puis Lucrèce donne l'impulsion à l'épicurisme qui, pratiquement, aboutit à l'athéisme. Varron est un stoïcien : Jupiter, deus unus et omnes, enlève à la multitude des dieux la réalité objective, sans toutefois interdire leur culte. Moins éloigné que l'épicurisme de la conception romaine primitive, cependant il

(1) La date la plus importante est celle de l'an 300 où la loi Ogulnia ouvre aux plébéiens l'accès aux sacerdoces et même à l'augurât. Dès lors l'égalité religieuse est consommée. Ses progrès ont marché à peu près de pair avec l'égalité politique, un peu moins vite (accès au consulat en 366).

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