LA RÉFORME D'AUGUSTE
16. Sans ressusciter la foi antique, le règne réparateur <T Auguste releva les temples et restaura le culte. On éprou-
vait alors un impérieux besoin de se retremper aux sources nationales et traditionnelles. Certes, la société de ce temps était bien incapable d'un retour sérieux à la gravité des générations passées. Par l'imagination du moins, elle y aspirait. Virgile, en chantant la vie antique, obéissait à sa propre nature. Ovide, inattendu disciple de Varron et poète national, contraignait la sienne en exposant, avec le sérieux dont il était capable, les antiquités religieuses de Rome, mais il savait plaire ainsi au maître et au public.
Le ton des Fastes est autre que celui des Métamorphoses. C'est que vraiment les malheurs publics avaient réveillé le sentiment religieux et le sentiment national. La tendance au monothéisme n'est pas douteuse, surtout dans la philosophie (Sénèque va parler de la Divinité en termes autrement précis que Cicéron). mais la manifestation religieuse revêt alors la forme traditionnelle, toute païenne et polythéiste. Le mysticisme est pour un temps enrayé. Il prendra sa revanche après les Antonins. Cependant, beaucoup plus tôt qu'on ne le croyait avant les fouilles exécutées sur le Janicule en 1907 (1), dès le premier siècle, peut-être grâce à la prédilection de Néron pour la Dea Syria, le culte des dieux syriens pénétra à Rome en même temps que les influences juive et chrétienne se glissèrent jusque dans le palais impérial.
17. La réforme d'Auguste n'intéresse pas seulement l'Italie. Un autre mouvement, d'une portée plus ample, se développe alors. C'est un fait capital dans l'histoire de l'humanité, parce qu'il fera, pour ainsi dire, le lit de l'Église chrétienne. Jusqu'alors le culte des dieux romains s'était inégalement répandu dans diverses parties de l'Empire. Les fonctionnaires, les marchands, les soldats, ces derniers très religieux, avaient çà et là implanté leurs propres cultes, en même temps que, par une action inverse, ils avaient fait connaître à Rome beaucoup de dieux étrangers. Désormais cette propagande religieuse possède un centre d'impulsion, le pouvoir impérial et la personne même de l'empereur.
(1) Gauckler, Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, 1907, 1908, 1909, et Mélanges publiés par V École française de Rome 1909, «Les fouilles du Lucus Furrinae à Rome ».