‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 188 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

Le mouvement se présente sous une double forme : le culte du Génie de l'empereur et de la déesse Rome, et l'apothéose impériale.

Maître de la religion à Rome par son titre de Pontifex maximus, l'empereur tendit à le devenir également dans les provinces. Lorsque Auguste, divisant la ville en quatorze régions, avait rétabli le culte des Lares compilâtes, interdit par César pour des motifs d'ordre politique, il avait autorisé la reconnaissance populaire à joindre à ce culte celui de son Génie. C'était une extension du culte familial du Génie du père de famille, volontiers associé à celui des dieux domestiques. Il était naturel que ce culte du Génie impérial passât de Rome aux provinces. Encourager ce culte nouveau, c'était donner au régime une consécration religieuse et faire descendre le respect de la personne impériale jusqu'aux couches les plus profondes des populations. Ce fut un premier pas.

Le peuple lui-même aida l'empereur à franchir le second. On sait que le sénat, à bout d'adulation, avait fini par décerner à César les honneurs divins, et le culte du nouveau dieu était organisé. L'année même de sa mort, on avait décidé de l'adorer sous le nom de Jupiter Julius. On se souvient également comment, après la mort de César, tous ces honneurs furent, avec plus de sincérité, consacrés par la douleur populaire. Auguste, héritier de César, restaurateur de la paix publique, n'avait qu'à étendre la main pour saisir de pareils honneurs. Mais il craignit le ridicule, c'est pourquoi il ne permit jamais qu'on l'adorât à Rome. En province le danger était moins grand. L'éloignement cachait les petitesses de l'homme et grandissait le souverain. De toutes parts on sollicitait l'autorisation de lui élever des temples. Il y consentit, mais exigea que de son culte fût inséparable celui de la déesse Rome. La conscience provinciale fut dès lors engagée à la fidélité envers le peuple-roi et la conquête reçut une sanction religieuse. En Gaule, le temple élevé à Auguste et Rome au confluent de la Saône et du Rhône, à la suite d'une révolte partielle, fut le symbole de ce loyalisme. Partout des inscriptions témoignent de la popularité du culte impérial.

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Le troisième pas, ce fut l'apothéose. Cette forme de l'adulation a eu le privilège d'inspirer une foule de déclamations. En réalité, elle n'est pas à ce point scandaleuse, mais il ne faut pas la considérer isolément. Sans remonter à l'Egypte, à l'Orient, à Alexandre le Grand (1), le culte bien romain des Mânes, c'est-à-dire des âmes des ancêtres, s'il n'implique pas, comme nous l'avons dit, la déification de ces âmes, est du moins fort semblable à celui des dieux. Lorsque Cicéron, oubliant sous l'aiguillon de la douleur ses incertitudes philosophiques, songe à élever un monument à sa fille, c'est un temple, non un tombeau, qu'il entend lui consacrer. Énée et Romulus, devenus dieux, grâce à l'influence des idées grecques, ne semblaient-ils pas ouvrir les portes de l'Olympe au rénovateur de la puissance romaine ? N'est-ce pas tout spontanément qu'au lendemain des ides de Mars, l'émotion populaire avait intronisé le culte de César ? Enfin, lorsque le sénat, après la mort d'Auguste, lui reconnut le titre de Divus (qui n'est pas tout à fait synonyme de Deus), constitua le culte de l'empereur défunt, créa le collège des Sodales augustales, chargé de l'assurer, ne répondait-il pas à un sentiment général et sincère ? Les provinces se mirent d'elles-mêmes à ce culte, de toutes parts se créèrent des collèges de seviri augustales, composés surtout de petites gens, tandis que les Assemblées provinciales, reconnaissantes de l'utile liberté qu'elles devaient à l'Empire, célèbrent au nom de chaque peuple le culte de l'empereur, sans le séparer de celui de Rome.Vivant ou mort, c'était bien moins l'empereur que la puissance romaine que l'on adorait en sa personne. Enfin, le sénat sut refuser l'apothéose aux plus mauvais empereurs. Lien sacré entre toutes les parties de l'Empire, il était impossible que l'importance politique de ce culte échappât à cette assemblée. Le culte impérial s'adressait moins à un homme qu'à une idée. Cela est si vrai que jusqu'à Gratien les empereurs chrétiens furent honorés de l'apothéose sans que cet acte soulevât de protestations.

Ainsi, culte des divinités capitolines, culte provincial

(1) En Grèce même, les Spartiates consacrèrent un temple à Lycurgue.

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