‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 195 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

bien avant dans l'histoire. Mais grâce à la magie, source d'erreurs, de folies et de crimes, les intérêts humains peuvent contraindre leur puissance et la mettre à leur service. Enfin le monde étant une machine réglée dont les rouages sont en étroite dépendance les uns vis-à-vis des autres, il est possible, grâce à la plus développée des sciences, l'astronomie, de prévoir l'avenir en calculant la répercussion des faits sidéraux dans tout le reste des phénomènes, même et surtout ceux qui intéressent la destinée humaine.

27. Voilà, dans ses grandes lignes, ce qu'est devenu le paganisme à l'heure du suprême combat contre le christianisme. Il serait puéril de nier l'immense progrès qu'il a réalisé dans l'ordre intellectuel, scientifique et proprement religieux. Au point de vue moral, la question est plus douteuse. Quelques-unes des faiblesses du syncrétisme apparaissent déjà dans les lignes qui précèdent. Toutefois, nous l'avouons franchement, si le mithriacisme pur se fût trouvé seul en présence du christianisme, sa position eût été forte. Il avait cependant contre lui les aberrations de la magie et de l'astronomie. Mais le syncrétisme n'était pas homogène. Plein de contradictions qu'une synthèse artificielle dissimulait mal, il était aussi trop savant, trop abstrus pour la moyenne des esprits. Il portait avec lui le poids mort de mythes inacceptables. Le sensualisme exaspéré de quelques-uns des mystères, était en contradiction avec les aspirations plus pures qui avaient contribué à l'élaboration du syncrétisme, et ce sensualisme était trop séduisant, trop flatteur, pour que la religion pût nourrir l'espoir de s'en débarrasser.

L'idée divine manquait de cette précision qui fixe l'ado- Tation et autorise la prière des âmes simples. Mille portes de rentrée s'ouvraient à ce polythéisme qu'il s'était efforcé de refouler, et dont le christianisme lui-même n'a jamais cessé de se devoir défendre, parce que, chez certains peuples, il tend sans cesse à renaître sous des formes déguisées. Le syncrétisme tendait vers la raison, mais ses origines lui interdisaient cette mesure, cette sagesse, cette pondération, cette adaptation aux besoins et aux devoirs qui a été et qui est encore l'un des plus admirables caractères de la religion chrétienne.

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28. On a fait et Ton fait si grand état des ressemblances assez nombreuses, que Ton relève avec plus de zèle que d'impartialité, entre le paganisme syncrétique et le christianisme qu'il ne nous est pas permis de les passer sous silence. Grosse question, si grosse que nous ne pouvons donner que quelques brèves et très partielles indications, portant du moins des points essentiels. Si en effet ces ressemblances sont réelles et foncières on peut se demander légitimement si le christianisme est autre chose qu'une forme supérieure du syncrétisme. Si elles ne sont qu'apparentes, le christianisme garde à tout le moins son originalité. On a dit que l'état d'esprit religieux d'un païen contemporain de Symmaque est plus voisin de celui de ses adversaires chrétiens que de celui de ses ancêtres du temps d'Auguste. Cela est vrai, parce que deux ou trois siècles d'effervescence religieuse ont modifié profondément l'esprit humain et l'ont amené à un point où il était apte à recevoir une religion d'une haute spiritualité. Mais syncrétisme et christianisme ne sont-ils, en somme, que deux aspects, assez voisins dans le fond, delà religion et séparés par une rivalité tout extérieure ?

Observons d'abord que le paganisme n'a pas abouti à un véritable monothéisme. Il y eut tendance et progrès dans ce sens. En fait la fusion des dieux aboutit plutôt à un hénothéisme, selon l'expression de Max Millier, c'est-àdire à la croyance à un principe divin unique, mal défini. Ce principe, bien qu'unique, manque de personnalité, si bien que l'hénothéisme dissimule, plus ou moins,le panthéisme. La personnalité même d'un Mithra semble beaucoup plus symbolique que réelle. Première différence, très essentielle avec le Dieu créateur, providence , dispensateur de la grâce, père et juge, des chrétiens. Des philosophies, non des religions antiques, ont à peu près atteint cette conception. En second lieu, les Sauveurs mythiques, représentants de très vieilles idées naturistes, symboles compliqués, héros d'aventures romanesques et passionnelles, ne sont nullement des Messies venant apporter au monde la bonne parole. Le mot de passion ne peut leur être appliqué que d'une façon toute conventionnelle. Surtout, de bonne foi, peut-on admettre qu'un myste éclairé, savant,

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