‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 197 sur 239 · VIII. LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

VIII. LA RELIGION ROMAINE

Ajoutons, pour terminer, une observation qui pourrait être amplement développée. Le christianisme, si large et si accueillant lorsqu'il ne s'agit que de détails rituels, de mots, d'organisation, de dates et de lieux pour les fêtes et pour le culte, fut intransigeant, jusqu'au martyre, quant aux idées. Cette distinction fut si absolue, si claire, que même le plus humble adepte ne peut s'y tromper. Avec la philosophie, qui appartient à l'humanité tout entière, le christianisme discute volontiers. Sans difficulté il reconnaît et fait siennes les vérités que par les lumières naturelles les philosophes ont pu atteindre. Avec les religions, rien de semblable. Il les combat, sans plus. S'il y eut des tentatives d'accommodement, d'éclectisme, c'est dans la gnose, dans les hérésies, qu'on les trouve; dans le christianisme orthodoxe et officiel, jamais. Réciproquement, le syncrétisme païen considère le christianisme non seulement comme un rival, mais comme un ennemi irréductible. S'il y eut quelques avances faites de ce côté, ce n'est que tardivement, à l'heure où le paganisme n'entrevoyait plus que ce moyen de conjurer une déroute certaine et quand l'entraînement général l'avait lui-même obligé à tenir compte des doctrines chrétiennes.

29. Le christianisme n'était pas en désaccord avec les tendances d'où sortit le syncrétisme. Loin de là, il apportait des solutions beaucoup plus fermes et en même temps plus claires, plus accessibles à tous. Tout en répondant au besoin d'épanchement religieux qui travaillait les âmes, il n'offrait pas le choquant mélange de sensualisme et de naturalisme, aux deux sens de ce mot, qui était la seconde face, la plus apparente, des cultes orientaux. Avec lui, dogme et règle de vie étaient d'accord indissolublement surtout dans le monde occidental, en une harmonieuse et raisonnable unité. Les tendances humanitaires qui infusaient au droit, peu à peu et depuis longtemps, un esprit nouveau, trouvaient dans le christianisme, avec le relèvement de la femme et de l'esclave, du pauvre et du déshérité, avec la réhabilitation du travail, une orientation pour ainsi dire doctrinale : l'œuvre législative des empereurs chrétiens en est la preuve.

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