‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 20 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

vie psychologique individuelle ; elle perpétue et objective ses recettes magiques, ses croyances à des indépendances fausses ; elle rend plus précise et plus profonde sa confiance à l'illusion animiste. Les institutions animistes et magiques la maintiennent durable. Enfin, les rapports familiaux et sociaux sont compris par le primitif à la façon dont il se représente la vie. Ainsi la vie familiale est imprégnée d'animisme et de magie, et la hiérarchie sociale est sous la dépendance des mêmes conceptions. Les interdits sociaux sont le plus souvent l'application d'interdits religieux. La vie sociale emprunte donc à la vie psychologique de l'individu son langage et ses concepts, elle enveloppe ses institutions, et, par contre, elle-même fait sentir son influence, par la précision qu'elle ajoute et la permanence qu'elle donne aux idées religieuses existantes. Il ne nous paraît pas, même après les savants travaux de M. Durkheim, qu'il faille faire une place plus grande dans la vie des primitifs à l'influence de l'activité proprement sociologique. Nous allons voir d'ailleurs la psychologie du sauvage se refléter dans ses croyances animistes, magiques, et religieuses.

9. L'animisme. — L'animisme, que l'on a proposé de nommer plus justement animatisme, pour le distinguer des théories qui ont cours sous ce nom, est cette tendance des primitifs à voir des esprits dans la nature. Cette tendance a été fréquemment observée par les explorateurs et les missionnaires, tant anciens que modernes. Ainsi, le soleil, la lune, l'eau des lacs et des fleuves sont regardés comme de véritables êtres vivants. On les prie, on leur sacrifie, chez les nègres de l'Afrique, chez diverses peuplades du nord de l'Amérique, en Océanie, etc. Des pierres sont censées pénétrées d'un esprit, en Annam, au Thibet, et ailleurs. Il en est de même des animaux, et, tout particulièrement des serpents, bien supérieurs à l'homme dans le Bénin, le Dahomey, la Guinée, chez les Indiens de l'Amérique, et bien d'autres. A côté de ces esprits qui animent les corps et les phénomènes de la nature, il en est qui possèdent les hommes. D'abord, chaque être humain possède au moins une âme, dont l'aspect est ordinairement conçu par le primitif comme un corps . d'homme ou d'animal (serpent,

lézard), mais tout petit et moins matériel. Cette âme est parfois aussi identifiée ou liée à l'ombre, au sang, au reflet. Elle peut disparaître, temporairement, pendant le sommeil, ou définitivement, par la mort. La maladie est, ou une tentative de sortie de l'âme : on la guérit ordinairement, en ce cas, en fermant tous les orifices par où elle pourrait s'échapper ; ou l'introduction dans le corps d'un mauvais esprit : on l'expulse alors au moyen d'exorcismes magiques. L'homme peut être possédé par d'autres esprits puissants, dans l'ivresse, l'amour, l'extase, l'épilepsie, etc. Il devient ainsi un être supérieur et puissant. Les sorciers doivent le plus souvent leur autorité à des recettes magiques qu'ils affirment avoir reçues dans des moments d'extase, ou à la croyance qu'ils sont en relation avec des esprits. Enfin, il est des esprits indépendants qui vivent dans le monde ; ils sont bons ou mauvais et il importe au primitif de se les concilier. Partout où il passe, il se sent environne d'esprits invisibles qui lui font cortège et qui, pour ou contre lui, exercent leur influence.

L'animisme n'a pas été constaté chez tous les primitifs, mais des missionnaires et des explorateurs l'ont fréquemment observé, et il explique comment les primitifs ont pu égarer leur culte sur des êtres qui nous semblent inanimés. Lui-même est sorti de cette vision inexacte du noncivilisé, qui enveloppe de ses images vives et débordantes le réel observé ; de cette vision qu'il interprète suivant l'expérience de son propre être, de l'activité invisible, des forces vitales grossièrement imaginées, qu'il sent habiter en lui-même.

10. La magie. — Le primitif attribue à certains actes et à certaines paroles un caractère d'efficacité nécessitante. Par exemple, il s'imaginera qu'en jetant des images de poissons dans l'eau, il obtiendra une pêche abondante ; ou bien qu'en arrosant, dans certaines conditions, un fardeau de branchages, il fera pleuvoir. Ces actes mettent à la disposition du fidèle les forces divines ou magiques. Parmi eux, il en est qui sont incorporés à la religion même ; ils ne constituent pas tout le culte, mais une partie parfois importante du ritualisme. D'autres sont pratiqués en dehors de la religion officielle et sont considérés par elle

Page 1