‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 203 sur 239 · VIII. CELTES, GERMAINS, SLAVES · texte numérisé non relu

VIII. CELTES, GERMAINS, SLAVES

l'utilisation des métaux dans l'ouest de notre pays ; dès l'époque quaternaire on devine des relations commerciales entre cette contrée et la Gaule occidentale. Bien avant l'âge du fer, les habitants des environs de Gibraltar {les Tartessiens) faisaient des échanges avec les Iles Britanniques. Ce n'est qu'à partir de 1100 environ que les Phéniciens abordèrent sur les côtes occidentales de la Méditerranée et fondèrent Gadès. Auparavant les Égéens étaient déjà parvenus jusque sur le littoral de l'Italie et de la Sardaigne ; la civilisation égéo-mycénienne gagna donc la Gaule de proche en proche par voie maritime, mais aussi par voie terrestre suivant les rives du Danube et le plateau suisse jusqu'au Rhône et au Pô.

Le centre de l'habitat des Celtes, deux mille ans avant notre ère, était l' Autriche-Hongrie; de là, leurs migrations envahirent l'Allemagne, la Gaule, la Scandinavie et l'Angleterre, où elles se mêlèrent aux populations néolithiques et paléolithiques. Hécatée de Milet, au ve siècle avant Jésus-Christ, parle déjà des Keltoï; Celtes et Gaulois parlaient une langue commune.

2. Nous sommes très médiocrement renseignés sur la religion des Celtes, probablement assez différente selon les temps, les lieux et les tribus. On utilise d'abord les découvertes archéologiques, abondantes depuis vingt-cinq ans, interprétées à l'aide de ce que nous savons des «primitifs» et des autres religions plus connues et d'époque voisine. Quelques mots, quelques phrases des écrivains grecs et latins nous livrent incidemment des renseignements superficiels, dispersés dans le temps et l'espace et exprimés à travers leurs propres idées. Ainsi les Gaulois connus de César (De bello gallico, vi, 17) auraient adoré Mercure, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve avec leurs attributs classiques respectifs. Le dieu de l'éloquence et héros civilisateur Ogmios, représenté sous l'aspect d'un vieillard, armé de la massue et de l'arc, qui conduit les hommes heureux d'être enchaînés à sa langue, est assimilé à Héraklès par Lucien (Héraklès, i, 3).

Quelques inscriptions nous font connaître des divinités proprement celtiques, comme Borvo, Grannusetc, parfois assimilés à Apollon; Camulus, Nodons, Ségomo sont

aussi quelquefois identifiés à Mars. A l'époque romaine, les dieux gréco-latins supplantèrent la plupart des divinités gauloises. Ils associèrent alors à leur nom, soit celui de ces divinités, soit celui du lieu ou de la tribu qui les honoraient. Ainsi Mercure possède seize surnoms, Apollon onze, Mars trente-huit, Jupiter et Minerve quatre : ces qualificatifs nous révèlent donc de vieux cultes locaux remplacés.

De la littérature religieuse des Celtes, d'ailleurs plutôt orale qu'écrite, il ne nous reste pas une ligne. On a tenté d'obtenir quelques renseignements sur la mythologie celtique, des épopées de l'ancienne Irlande et du pays de Galles. Le premier cycle irlandais raconte la lutte des habitants contre les Fomorés envahisseurs ; « le second a pour sujet l'enlèvement d'un taureau divin et des vaches dont il est le chef : les personnages principaux sont le roi Conchobar et son neveu le héros Cuchulainn... Les mœurs sont à peu près celles des héros homériques... Le troisième cycle est celui qui, passant d'Irlande en Ecosse, y a donné naissance à la littérature dite ossianique... Si le fond en est bien irlandais, tout ce que le xixe siècle y a trouvé de sublime est l'œuvre de Macpherson (1) » (vers 1760-1763).

Les anciens romans gallois de chevalerie appelés Mabinogion (xne siècle), fournissent quelques éléments des mythes familiers aux Celtes de la Grande-Bretagne ; la magie et les métamorphoses y tiennent encore une grande place.

S'il ne peut être question de panthéon celtique, puisque

(1) Orpheus, p. 181. — « Toujours est- il que cette épopée (la première), écrit M. Dottin, a été remaniée sous l'influence des idées chrétiennes... Les éléments merveilleux qui y abondent sont des faits de magie et de sorcellerie ... Essayer de déterminer, à l'aide des épisodes de la vie d'un h4ros irlandais, les attributs primitifs de la divinité dont il est une transformation évhémériste demande beaucoup d'ingéniosité et d'érudition... Il serait sans doute imprudent de restituer à l'aide de 1 épopée irlandaise le vieux panthéon celtique. La littérature du pays de Galles ne nous offre pas plus de ressources pour l'étude de la mythologie celtique. » La religion des Celtes, p. 8, 9.

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