IX. CELTES, GERMAINS, SLAVES
les cultes locaux, très nombreux dans chaque clan (1), et ceux des tribus et des confédérations formaient un ensemble fort complexe, cependant il reste entre eux bien des analogies. Presque partout on trouve des traces de culte rendu au soleil, aux sources sacrées, aux fleuves et aux montagnes, à des animaux et à des arbres sacrés. On rencontre peu de représentations plastiques chez les Celtes avant que l'art gréco-romain leur ait fourni des modèles à imiter, mais du moins des emblèmes sacrés incontestables ont été exhumés. « Leur religion, mêlée à coup sûr de nombreuses pratiques de magie et de sorcellerie, consistait surtout dans l'adoration des forces de la nature. Imbus des croyances animistes si répandues chez les primitifs et saisis de respect et de crainte devant les phénomènes du monde extérieur, ils prêtaient au ciel, à la terre, au soleil, aux orages, aux sources, aux lacs, aux forêts, aux arbres, une personnalité divine... La domestication des animaux arrêta l'essor des cultes totémiques qui ne survécurent qu'en s'adaptant à des concepts nouveaux (2). » Selon M. Déchelette, la religion des peuples de l'Europe occidentale, depuis Yêige du bronze jusqu'à la conquête romaine, ne se serait pas profondément modifiée.
3. Déjà les Grecs attribuaient aux Hyperboréens (Celtes et Germains) le culte d'un dieu assimilé par eux à Apollon. Hécatée d'Abdère, au ive siècle avant notre ère, parle d'un temple rond érigé en l'honneur de cet Apollon par les habitants de l'île (Grande-Bretagne) ; selon César (De bello gallico, vi, 22) les Germains adoraient le soleil, le feu et la lune. Un culte héliaque a été certainement en grande faveur dans toute l'Europe.
En 1902, on a recueilli dans l'île de Seeland, à Trundholm, un petit chariot de bronze votif à six roues (1300 environ avant Jésus-Christ). Le cheval campé sur les quatre roues d'avant traîne un disque vertical recouvert
(1) « En général les types divins représentés dans le Nord de la Gaule ne se rencontrent pas en Aquitaine par exemple, et ceux delà vallée du Rhône sont inconnus sur les bords de l'Océan. » G. Renel. Les religions de la Gaule, p. 235.
(2) Déchelette, op. cit., t. n, p. 410, 411.
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d'une feuille d'or gravée et estampée. « La publication de ce curieux objet, image incontestable du disque solaire, révéla la destination précise de toute une série de disques en or plus ou moins incomplets (1). » Un bandeau d'argent prémycénien trouvé à l'île de Syros représente un cheval attelé à une roue à figuration d'étoile. Les pierres disposées en cercle et portant chacune un crâne de cheval, dans le tumulus du Mané-Lud (Locmariaquer, Morbihan), paraissent à M. Déchelette une preuve que le culte du soleil intervenait dans les cérémonies funéraires à l'âge du bronze. « Les pierres portant les crânes des victimes étaient les grossiers prototypes des autels classiques ornés de bucranes (2). » Des couteaux de bronze Scandinaves sont munis de symboles solaires : rouelles, anneaux, volutes, têtes de cheval ou de cygne.
Le mythe du trajet du soleil sur l'Océan durant la nuit fut assez général dans l'antiquité, spécialement en Egypte, à Ninive et en Grèce ; il devait plaire aux Hyperboréens frappés de la longueur des nuits d'hiver en leur région : « la barque, écrit Montélius, appartient donc aux symboles solaires. » L'astre est figuré sous la forme d'un disque soit à quatre rayons, soit à point central ou à cercles concentriques; quelques disques sont même reliés au bateau par une tige. Le cygne est souvent le compagnon du soleil. Un petit chariot votif retrouvé à Skallerup (Danemark) porte un cygne sur chacune de ses quatre extrémités (vers 1500 avant Jésus-Christ). Sur des rasoirs Scandinaves la barque solaire est gravée, parfois même le soleil et la lune à forme humaine y sont représentés à mi-corps, la tête radiée et les mains étendues dans un geste hiératique. Sur des vases découverts en Autriche- Hongrie et dans l'Italie septentrionale (950 environ avant Jésus-Christ) — image qui expliquerait peut-être le mythe d'Apollon changeant Cycnus, roi
(1) Déchelette, op. cit., t. n, p. 415.
(2) Ibid., p. 417. « Un hymne védique parle du char solaire à la roue unique, que fait mouvoir un coursier unique au septuple nom... M. Ed. Meyer {Geschichte des Altertums, 2e éd., lre partie, p. 768) reconnaît que chez ces peuples (les Indo-Germains) la représentation des chevaux du soleil et du char du soleil est très ancienne. » Ibid., en note, p. 416.