‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 207 sur 239 · XL CELTES, GERMAINS, SLAVES · texte numérisé non relu

XL CELTES, GERMAINS, SLAVES

double se dégageait de son enveloppe mortelle. En anéantissant rapidement et complètement les cadavres, on facilitait la migration des âmes (1). »

3. Une inscription de Mâcon mentionne le giituater ou prêtre local de Mars, et une autre celui d'Anvalos à Autun. Il y eut sans doute chez les Gaulois des sorcières ou diseuses de bonne aventure, mais la description que nous donne P. Mêla des prêtresses de l'île de Séna, paraît une légende à MM. Reinach et Dottin. Les auteurs anciens distinguent chez nos ancêtres les bardes, sorte d'aèdes, les devins et les druides : ces derniers signalés seulement en Grande-Bretagne et en Gaule constituaient le clergé national. Ils faisaient suite probablement à l'aristocratie sacerdotale qui avait fait construire les monuments mégalithiques. Suivant César, les druides se seraient répandus en Gaule venant de l'île de Bretagne. Nos renseignements à leur sujet sont superficiels et souvent contradictoires. On a fait venir leur nom de dru, augmentatif celte, et de vids ou voyant: ce seraient ainsi des devins et des sages. Les auteurs anciens appliquent le nom de druide, semble-t-il, aussi bien à ceux qui font partie de leur corporation qu'à ceux qui ont bénéficié de leur culture, car beaucoup de jeunes gens de l'aristocratie venaient s'instruire auprès d'eux. L'opinion de M. A. Bertrand (2), d'après laquelle les druides auraient formé de vrais couvents-écoles, est fort contestée. Ils s'occupaient de présages, étaient dépositaires de recettes magiques et présidaient aux sacrifices. Ils se réunissaient chaque année au pays chartrain, où de toutes parts on venait les consulter. Leur corporation possédait des traditions cosmogoniques, des préceptes moraux et professait la transmigration des âmes. « Le clergé druidique se recrutait parmi l'élite de la jeunesse ; le noviciat durait vingt ans et comportait de grands efforts de mémoire, la littérature sacrée des druides étant orale. Le chef des druides, nommé à vie, était remplacé par voie d'élection. La doctrine embrassait la théologie, la divination, l'astrologie, la connaissance de la nature et de l'histoire... Ils étaient exempts

(1) Déchelette, op. cit., t. n. p. 159, 160, 167.

(2) La religion des Gaulois, p. 310, 353.

du service militaire, ils jugeaient les contestations entre peuples et particuliers (1). » D'après César (2), ils excluaient des sacrifices (véritable excommunication) ceux qui refusaient de s'en tenir à leur sentence. Les chefs les consultaient avant toute grande entreprise. D'après les épopées irlandaises, les druides bretons n'avaient pas de chef suprême, ils étaient mariés et vivaient dans leur maison. Au sujet des druides gaulois on ne saurait être bien affirmatif. Il ne semble pas que ceux-ci, alors en lutte avec les équités, aient fait au moment de la conquête une vive opposition aux Romains ; cependant un sénatus-consulte, sous Tibère, les supprima. Ils continuèrent à enseigner dans les forêts, mais les écoles d'Autun, de Lyon et de Bordeaux leur enlevèrent l'éducation des jeunes nobles gaulois.

4. En même temps qu'ils adoptaient la langue de leurs vainqueurs, les Gaulois subissaient l'influence de la culture et de la religion romaines. D'abord nombre d'inscriptions nous témoignent de la gratitude des Romains à l'égard de petits dieux gaulois, particulièrement ceux des sources thermales, car la masse du peuple conserva toujours ses vieilles croyances. Les dieux gréco-romains absorbèrent un grand nombre de cultes locaux ; les divinités gauloises prirent en retour les attributs des divinités classiques. Au Mercure arverne fut érigé un temple magnifique sur le Puy-de-Dôme, un autre sur la cime du Donon; Mercure est associé à la Rosmerta gauloise sur plusieurs monuments. Apollon, comme dieu médical, fut identifié à Siannus, génie des sources du Mont-Dore ; comme dieu de la lumière, avec Bëlènus et Grannus (à Grand, Vosges), le brillant et le brûlant. Mars Carrus était l'esprit du Pic du Gar (Basses-Alpes) et Mars Bolvinnus le dieu local deBouhy (Nièvre). Un Jupiter gallo-romain fut adoré sur le Petit et le Grand Saint-Bernard. Minerve est figurée avec d'autres divinités sur des autels gallo-romains ; les statuettes en bronze représentant Hercule sont fort nombreuses. Rares sont au contraire les images de Vénus. Le génie de Lyon a l'aspect d'un jeune homme aux cheveux roulés en toril) Orpheus, p. 177, 178.

(2) De bello gallico, vi, 13.

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