‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 210 sur 239 · XI. CELTES, GERMAINS, SLAVES · texte numérisé non relu

XI. CELTES, GERMAINS, SLAVES

les Romains furent frappés d'étonnement. L'aspect physique de ces peuples était si différent du leur ! Ces guerriers de haute stature, à la peau blanche, ces visages roses recouverts de cheveux blonds ou roux, leur devaient paraître étranges. Ils les regardaient soignant leurs troupeaux, à leurs pâturages ou à leurs champs, nus souvent, ou vêtus en hiver de peaux et de pantalons ; d'ailleurs résistant au froid, ignorant récriture, se servant d'instruments de pierre, d'os et de métal. Chez eux on ne voyait pas de grands édifices, pas de villes proprement dites, mais des habitations isolées ou des villages aux maisons séparées. Courageux, braves, prompts à la guerre, mais facilement abattus dans la"défaite, généralement monogames (excepté les chefs), respectueux du lien familial et de la femme, s'enivrant d'hydromel et de bière, ces peuples n'étaient évidemment pas aussi cultivés que les Romains, mais ils n'étaient pas non plus des barbares tout à fait. Parmi les demi-civilisés, ils occupent une place relativement avancée ; peut-être les pourrait-on comparer, sans grande erreur, aux prémycéniens.

2. Les plus anciennes sources sont constituées par les auteurs latins. Strabon et Pline citent un certain Pythéas de Marseille qui, au ive siècle avant Jésus-Christ, aurait voyagé dans la Germanie du Nord, mais dont les observations au dire de Strabon seraient contestables. Jules César dans son De bello gallico (vi, 21 sq.) a décrit avec quelques détails les mœurs des Germains avec lesquels il s'est trouvé en contact. Mais c'est Tacite qui, dans les Histoires, les Annales et surtout dans le De situ ac populis Germanise, nous donne les meilleures observations sur la Germanie en général (géographie : i-v ; vie publique : vi-xv ; vie privée : xvi-xxvn), et sur les diverses tribus qui l'habitent (xxvin-fin). Toutefois, les habitudes d'observation de Tacite ne sont pas sans défaut : il assimile les divinités germaines aux dieux romains ; de plus, en décrivant la Germanie, il a pensé à Rome dont il voulait par antithèse blâmer les mœurs. Ces dispositions n'infirment pas la véracité de l'historien, mais elles limitent son champ d'observation. Après Tacite, il convient de lire Ammien Marcellin, Procope, Agathias, etc. Puis, chez les

Ostrogoths eux-mêmes, naît une littérature : Cassiodore écrit 1' 'Histoire des Goths qui ne nous est point parvenue, et Jordanès, le De origine actibusque Getarum (551). Grégoire de Tours est aussi à consulter pour les Francs (vie siècle); Paul Diacre,pour les Lombards (vme siècle); Y Histoire ecclésiastique du vénérable Bède, pour les Anglais. Les Gesta pontificum Hamaburgensium d'Adam de Brème ; YHistoriadanicadeSdiXO Grammaticus, pour les Scandinaves ; Y Indiculus super stitionum et le Capitulare de partibus Saxonise sont également utiles. En dehors de ces textes, quelques inscriptions trouvées sur les bords du Rhin ; des noms de lieux, de personnes sont aussi des indications pour la Germanie proprement dite. Enfin et surtout il convient de mentionner les légendes nationales, les Nibelungen, et tout le cycle de poésies qui converge autour de Siegfried (pour les Burgondes et Francs), les légendes de Hilda et de Kudrun (pour les Germains maritimes), celle de Beovulf (pour les Anglo-Saxons), etc. Ces légendes ne peuvent être interrogées sans discrétion ; il faut dégager, quand cela est possible, l'élément historique de l'élément folkloriste et des mythes indigènes. En tout cas, elles donnent accidentellement de précieux renseignements sur les croyances courantes. Pour la littérature Scandinave, il convient de consulter les Scaldes. Poètes de cour du temps des Vikings (800-1000), ils ont écrit avant la conversion au christianisme.

L'Edda poétique (le plus ancien), avec ses chants consacrés aux dieux et ses poésies héroïques, surtout le Gylfagung, chant cosmogonique, est également très appréciable; mais ces renseignements ne nous font pas connaître l'ancienne Germanie. On a fait appel aussi aux croyances populaires qui sont encore actuellement survivantes. Tout le paganisme superstitieux des Allemands actuels serait d'origine germanique. Cela n'est pas exact ; c'est du folklore, qu'il est surtout vrai de dire : Multa renascentur quse jam cecidere. En tout cas, la thèse de Grimm justement contestée, il reste que le folklore, consulté avec prudence, et comparé à ce que nous savons des anciens Germains, comme aussi à divers mythes celtes, peut fournir de bonnes indications.

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