XI. CELTES, GERMAINS, SLAVES
loppement linguistique (1 ). » Trois groupes se sont dès lors formés ; le premier, à l'ouest de la Vistule et des Carpathes, s'est étendu vers l'occident et a constitué le groupe des Slaves prolabes, pomoriens, polonais et tchécoslovaques ; le deuxième, entre la haute Vistule, le Dniester et le moyen Danube, s'étendit pour former les groupes Slovène, serbo-croate et bulgare ; le troisième rayonna au nord du Dnieper et donna naissance à la nation russe. 2. En l'absence de monuments ou de textes slaves indigènes sur la période païenne, nous devons, pour connaître la religion slave, faire appel à des observations postérieures et étrangères. Ce sont tout d'abord: 1° Les chroniques latines, allemandes ou danoises (Tacite qui assimile les Slaves aux Germains consacre une ligne à leur religion, De situ..., xlv). Les Gesta Hammaburgensis Ecclesise pontificum d'Adam de Brème contient des renseignements sur les Slaves baltiques. La Chronicon Slavorum de Helmold (xne siècle) est une des sources principales pour l'histoire des Slaves au moyen âge. Mentionnons aussi : Theitmar (976-1018), Saxo Grammaticus (xne siècle), Ebbo de Bamberg (xne siècle). 2° Viennent ensuite les écrivains byzantins : Procope (vie siècle), Constantin Porphyrogénète et Léon le Diacre (xe siècle), qui nous donnent des renseignements trop sobres sur les Slaves. 3° Les textes arabes, les écrits des théologiens du moyen âge peuvent être également utilisés avec discernement. 4° Le folklore et la langue ont conservé certains usages et certains noms dont on peut se servir comme d'indication. 5° Quant aux chroniques slaves elles sont très précieuses, bien que relativement récentes. La principale, la Chronique de Nestor (xi-xne siècle), a été écrite peu de temps après la conversion officielle de la Russie au christianisme (988), et nous renseigne sur la Russie primitive. La Chronique tchèque de Cosmas de Prague (xne siècle) est également utile pour étudier les Slaves primitifs. Les chroniqueurs postérieurs dédaignent à dessein cette période païenne. Istorum gesta quos error et ydolatria defœdavit memorare negligens, écrit Gallus, l'un d'eux (xiie siècle). Plus tard (xve siècle), Longinus, dans son
(1) Lubor Nieberle, La race slave, p. 3.
Historia Poloniœ, essaiera de décrire les origines de sa patrie avec un soin plus éclairé, mais ce sera pour retrouver partout, hélas ! la mythologie classique.
3. Les Slaves semblent avoir honoré un dieu suprême analogue au Zeus du panthéon des Hellènes. « Les Slaves, dit Procope au vie siècle, estiment qu'il y a un dieu producteur de la foudre et seul maître de l'univers (1). » Il s'agit évidemment ici des Slaves en contact avec l'Empire. Helmold décrit de façon analogue une divinité suprême : « Parmi les dieux divers auxquels ils attribuent les champs, les forêts, les tristesses et les plaisirs, ils ne contestent pas qu'un Dieu domine les autres du haut du ciel. Ce dieu toutpuissant ne s'occupe que des affaires célestes. Les autres ont chacun leurs fonctions et lui obéissent ; ils procèdent de son sang et sont d'autant plus éminents qu'ils sont plus proches de ce dieu des dieux (2). » Il est malheureusement difficile d'identifier cette divinité dont on nous fait la description avec aucun des noms que nous connaissons des anciens dieux slaves.
A côté de ce dieu suprême, dont l'existence nous est affirmée par les historiens que nous venons de citer, les Slaves honoraient surtout deux grands dieux : Perunu chez les Russes, et Svantovit chez les Slaves du bassin de l'Elbe. Le premier nous est connu par des textes slavons-russes d'une authenticité indiscutable. Dès 907, il est invoqué dans les serments ; en 980, une idole en bois, à tête d'argent et à barbe d'or, le représente à Kievu.EUe fut détruite, en 988, par Vladimir. Peut-être faut-il voir le même dieu dans Parom, dieu de la foudre chez les Slovaques, dans le Proven des Slaves baltiques, dans Porenutius qui, au dire de Saxo Grammaticus, était honoré dans l'île de Rugen. Certaines localités polonaises ont encore un nom apparenté au sien : Peruny, Piorunow. Vraisemblablement on peut conclure de l'étymologie et du texte de Procope que ce dieu était le dieu de la foudre. Le chêne lui était sans doute consacré. D'ailleurs, les Slaves honoraient le chêne et lui offraient des sacrifices alimentaires. Les Russes adoraient
(1) De bello gothico, ni, 14.
[2) Chronicon, i, 83.