‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 22 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

et ne peuvent entrer en contact avec les habitants d'un village qu'après avoir été assujettis à des purifications diverses. De nombreuses interdictions concernent les repas, viandes, animaux et mets prohibés : défense de les prendre pour les hommes, devant les femmes ; pour les rois, devant leurs sujets. Les morts sont également tabous et communiquent cette qualité par contagion à ceux qui les touchent, 1 es ensevelissent, les enterrent, à tous leurs proches, pendant le temps du deuil. Les femmes, à certaines époques, les guerriers couverts de sang, sont à peu près universellement tenus pour dangereux. On ne peut les toucher qu'après qu'ils ont été détaboués. Certains objets, le fer, les cheveux, les ongles sont aussi tenus pour redoutables. Le caractère sacré des moissons donne lieu aux sacrifices des moissons qui ont en partie pour but la désécration des grains qui permet de les utiliser. Certains mots, les noms des morts, ne doivent pas être prononcés ; ils occasionneraient de graves dommages. Enfin certains jours sont néfastes, pendant lesquels on ne doit pas offrir des sacrifices, etc.

Ces divers tabous sont parfois très étendus ; dans le c hamp de leurs prohibitions ils atteignent tous les hommes. Parfois ils ne s'adressent qu'à une seule catégorie d'êtres, c omme la femme, un individu, le roi. Certaines défenses sont permanentes, d'autres sont transitoires. Le tabou est une obligation, il s'impose comme tel à la conscience du primitif ; c'est une obligation à la fois religieuse et magique, en ce sens qu'elle est liée au culte, à l'idée des dieux, et aussi à une sorte de conception de lien magique et de force mystérieuse qui produit les dangers du tabou. La violation de son interdit est en effet redoutable, d'abord en soi, la maladie et la mort sont censées suivre cette infraction ; toucher les vêtements du mikado faisait enfler et mourir. Ensuite, la société ajoute ses punitions aux sanctions religieuses : elle châtie, condamne, met à mort ceux qui n'observent pas le tabou religieux, qui troublent ainsi l'ordre des choses et attirent sur eux et sur la société dans laquelle ils vivent les plus grands malheurs. Certaines cérémonies permettent de rentrer en grâce; ce sont des exorcismes, des purifications, des pratiques magi-

ques, des confessions même, telles celle du Kikuyu décrite par le P. Cayzac, et celle observée au Dahomey par le P. Bauzin. Les objets et les êtres tabous peuvent eux-mêmes être détaboués par une cérémonie (femmes, étrangers). On remarquera que la notion de tabou inclu deux conceptions, celles de sacré et d'impur ; nous appel lerions sacré dans notre langage, l'idole, le roi et tout ce qui est consacré à leur usage. Nous regarderions comme impur au contraire le cadavre, le sang, etc.

Le tabou ne provient ni de la volonté arbitraire d'un chef seulement, ni de la seule force de conception de la collectivité. Il semble avoir son origine dans l'idée à la fois magique et animiste que le primitif se fait du monde. L'univers tel qu'il le voit est rempli d'êtres spirituels et de forces cachées, il y voit des liens magiques, des interdépendances mystérieuses. Quoi d'étonnant qu'en face de certains êtres ou de certains objets, dont il s'est fait une idée redoutable ou qu'il révère comme mystérieux, il soit saisi de crainte ! La vie sociale précise ces craintes et l'usage rend durables ces interdits. Quand on éprouve le besoin d'écarter ces dangers, de lever ces interdictions, on invente des cérémonies magiques et religieuses qui sont adaptées à la conception que le primitif se fait de la force dangereuse et de la causalité magique qu'il veut éviter.

12. Le totémisme. — Le mot totem est emprunté à la langue ojibeway, mais il exprime une idée très répandue chez le primitif : celle d'un « protecteur collectif d'apparentés (1). » Le totémisme, institution qui a pour base le totem, est constitué par un ensemble de croyances et de rites.

1° Tout d'abord, le totémisme implique des croyances, et, parmi elles, la conviction qu'un lien de parenté réunit un groupe humain d'apparentés (clan) d'une part, et de l'autre, une espèce animale ou végétale ou une classe d'objets. Il est à remarquer tout d'abord, que les objets totem sont fort divers ; ils appartiennent à toutes les espèces d'êtres, animaux, végétaux, minéraux. Ils sont toujours

(1) A. Van Gennep, Totémisme et méthode comparative, dans la Revue d'histoire des Religions, juillet-août 1908, p. 68.

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