I. LA RELIGION DES PRIMITIFS
pris collectivement : c'est l'espèce animale ou végétale, ou toute la classe d'objets qui est totem de tel ou tel clan. Les espèces totem appartiennent plus spécialement à une classe d'humains liés eux-mêmes par un lien du sang (une famille, un clan). On appellerait improprement totem le protecteur d'une unité territoriale (tribu, ville) ou d'un groupe de gens non apparentés (caste, etc.). Enfin, dans tous ces cas, il est à remarquer (jue cette alliance entre êtres humains et groupes d'êtres, animaux, etc., est tenue pour un lien de véritable parenté, en sorte que le clan qui a l'émou pour totem, par exemple, se regarde comme parent de l'émou et ayant une même origine. Ordinairement d'ailleurs, pour exprimer cette parenté, le groupe totémique prend le nom du totem lui-même et une communauté d'intérêts et de services réciproques lie les deux groupes. On nourrit l'animal totem, on porte son deuil, on s'efforce de lui ressembler extérieurement par le costume, les défigurations, les danses, le tatouage, etc. De son côté le totem défend les hommes de son groupe, les guérit, les avertit du danger.
2° L'expression de cette croyance se manifeste dans des rites positifs et négatifs. Les premiers ont pour but de créer ou de resserrer l'union : cérémonie d'initiation, de puberté, de communion. Les autres sont des interdictions qui protègent l'être totem, par exemple l'être totem ne peut être mangé par les membres de son groupe, etc.
3° Enfin une réglementation sociale en est la conséquence, comme l'interdiction du mariage et des relations sexuelles entre personnes apparentées au même groupe totémique. C'est, sans doute, la crainte de répandre le sang clanique et totémique qui souvent produit ces interdictions.
Le totémisme est très répandu, en Afrique, dans l'Amérique du Nord, en Océanie, dans l'Australie ; mais on ne le trouve pas partout. Il existe chez des populations de diverses cultures, bien que primitives ; mais on ne peut affirmer que la présence de cette institution dans une peuplade soit un signe de plus grande primitivité. Nous croyons enfin que les institutions et les croyances totémiques trouvent tout simplement leur origine dans la menta-
lité primitive elle-même. Le sauvage qui voit mal les êtres qui l'entourent donne à quelques-uns une importance particulière par le fait de telle et telle circonstance de sa vie ; ici ce sera l'ours qui s'imposera à lui, là le serpent. Il ne voit aucune impossibilité à ce qu'une alliance soit contractée avec ces êtres qu'il tient pour analogues aux êtres humains, mais beaucoup plus puissants et supérieurs. De là à y croire, à la narrer par un mythe d'origine, à tenter de la réaliser par un rite, il n'y a pas loin. D'ailleurs, chez ces êtres primitifs, la notion de l'individualité et de la spécificité n'est pas très précise ; le clan constitue une sorte d'être multiple qu'une même âme fait vivre ; le clan totémique est une sorte de réalité supérieure dans laquelle circulent les effluves protecteurs des forces magico-divines. Initier, introduire l'individu dans le clan, le préserver, lui et son protecteur, de toute atteinte, telle est la raison des rites individuels et sociaux énumérés plus haut.
13. Les dieux. La mythologie du primitif. — Les diverses manières de penser et d'agir du primitif que nous venons de décrire, facilitent notre enquête sur ce qui cons titue sa religion à proprement parler, ce du moins qui est le plus rapproché de ce que nous considérons comme religieux. On peut d'abord affirmer qu'il n'est pas de peuplade sans religion. Certains primitifs que les explorateurs ont autrefois regardés comme dépourvus de croyances religieuses, ont été, le plus souvent, mal observés et de nouvelles enquêtes le prouvent chaque année.
La religion comporte avant tout la croyance à des êtres supérieurs et aux rapports qui s'établissent entre l'homme et la divinité. Quelles idées les primitifs se font-ils de la divinité et de sa nature ? Les dieux des sauvages sont, pour nous, les forces supérieures qu'ils révèrent et dont ils s'efforcent de se concilier la bienveillance par des sacrifices, des présents et des prières. Parmi ces dieux il en est qui sont tout à fait supérieurs. Mgr le Roy a montré que les Bantous honorent un dieu souverain, invisible, omniprésent et qu'ils ne représentent pas par des images; des divinités analogues se retrouveraient en Australie (Lang), chez les Pygmées (Le Roy, Schmidt, etc.). Fréquemment ces divi-