‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 24 sur 239 · I. LA RELIGION DES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

I. LA RELIGION DES PRIMITIFS

nités suprêmes ont été rapprochées du vrai Dieu ; elles ne sont le plus souvent l'objet d'aucun culte matériel ni d'aucune mythologie.

A côté d'eux, des dieux, fort nombreux et plus grossiers, absorbent souvent la pensée du primitif. Ce sont des personnifications de grands phénomènes de la nature, le soleil, la lune, le ciel, la pluie fécondante, la terre, ces choses mêmes que son animisme a rendues des êtres vivants et redoutables. Ce sont surtout des animaux : le culte du serpent est pour ainsi dire universel. On le trouve en Afrique, au Bénin, au Dahomey, dans l'Amérique du Nord, dans l'Inde, et ailleurs. D'autres animaux, l'ours, le chien, le castor; des plantes, certains arbres vénérables auxquels on offre des présents et de la nourriture sont également tenus pour divins. Des montagnes, des pierres volumineuses, dressées, des rocs d'aspect bizarre sont objet de culte en Chine, au Thibet, en Afrique, etc. Les esprits qui errent invisibles à travers l'espace, ceux qui sont sortis d'un corps après la mort et qui résident près de leur squelette sont l'objet des mêmes attentions dans le monde des primitifs (le mânisme). Des idoles, des fétiches contiennent, temporairement ou à demeure, un de ces esprits et sont honorés un peu dans toutes les contrées sauvages (fétichisme, idolâtrie).

De tous ces dieux et de tous ces esprits plus ou moins supérieurs, les primitifs se font une conception. Ils les considèrent comme analogues à eux-mêmes, dans leur vie et leurs besoins. Dans leur mythologie, ils racontent leurs exploits, leur naissance, leurs passions : amours, haines, etc. Toute l'histoire de la terre et du monde ( le problème des origines des êtres et de l'homme, la question du malheur de l'humanité) est liée de façon enfantine à la vie de ces êtres mystérieux qu'ils révèrent et qui sont la lune, le soleil, le serpent ou l'ours des forêts. D'autre part, la façon dont il honore ses dieux nous renseigne sur la conception que le primitif s'en fait. Or il leur offre de la nourriture, du sang, des victimes, de l'huile, aussi bien que des prières. C'est donc qu'il s'en fait une idée relativement à sa portée. Quant à la question de leur moralité, certains de ces dieux apparaissent méchants, ce sont les

plus redoutables, et partant les plus honorés ; d'autres sont bienfaisants. En général, ils pratiquent la même justice que le primitif lui-même, une justice parfois fort rudimentaire.

La question de l'origine de l'idée de Dieu chez le primitif est encore fort discutée. Ce n'est pas l'animisme seul qui a donné la notion de Dieu (Reinach). Certes Dieu est un être vivant; mais l'animisme a pu multiplier outre mesure le règne des vivants, il n'a pu faire que tel fût regardé comme dieu et non tel autre. Ce n'est pas non plus l'idée de forces magiques redoutées par la collectivité, le tabou, qui, interprétée dans la suite, a fait naître l'idée de Dieu (Reinach, Durkheim, Lévy-Bruhl), car Dieu n'est pas le produit de la seule crainte (Ribot, Sabatier). Enfin, ce n'est pas du totémisme originel que serait sortie la croyance en Dieu. D'abord, il n'est nullement prouvé que le totémisme soit la plus primitive des institutions (Van Gennep). Cela fût-il, le totémisme est une institution complexe, qui, loin de rien expliquer, a besoin elle-même d'être expliquée. L'idée de Dieu, chez le primitif comme chez le civilisé, peut provenir de deux sources, de la raison ou du cœur et de la tradition. De la raison et du cœur qui ont besoin d'expliquer l'origine du monde et des choses, comme de trouver auprès d'êtres supérieurs un appui et un soutien. Les erreurs qu'il commet sur la désignation des êtres divins proviennent des circonstances de sa vie, de sa vision imparfaite du monde, de son organisation en société, mais le principe qui le pousse à croire en Dieu, est le même que nous trouvons chez nous. Les primitifs sont des hommes. De la tradition, aussi, qui apporte le résultat ou de croyances acquises, ou de croyances reçues d'une Révélation divine.

C'est ici que se placerait la question de la part qu'il convient de faire dans ces idées sur la divinité, à la Révélation primitive. La conservation de traces de la Révélation primitive jusque chez nos sauvages actuels n'est pas impossible. Il est difficile de discerner ce qui dans leurs croyances élevées est le produit de la raison naturelle aidée de Dieu et ce qui serait le souvenir de la foi que Dieu avait primitivement confiée à l'humanité. Dieu a pu

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