I. LA RELIGION DES PRIMITIFS
aussi aider et vivifier de révélations nouvelles, le dépôt sacré que conservaient les familles patriarcales (1), et grâce à cet ensemble de soutiens naturels et surnaturels, grâce aussi à la raison humaine il se pourrait que, jusque chez nos sauvages modernes, se prolongeassent de façon précise quelques-uns des enseignements (ceux qui étaient le plus en rapport avec la raison humaine naturelle) que Dieu avait fait entendre à la toute première humanité. Telle est du moins l'opinion de savants catholiques- tels que Mgr Le Roy et le R. P. Schmidt.
14. Le culte. — L'ensemble des pratiques par lesquelles le primitif rend aux êtres supérieurs l'hommage qui leur est dû, est très varié. Il comporte des offrandes de nourriture, de vêtements, de présents, d'ustensiles, les sacrifices proprement dits ou immolations de victimes dont on donne le sang ou la chair à manger aux esprits. Ces derniers sont surtout importants. Parfois ce sont des êtres humains qui sont sacrifiés et dont le sang ou le corps est jeté devant une idole ou dans le tombeau d'un chef. Ou bie non n'offre qu'une partie pour le tout, le sang versé d'une blessure, un doigt, des cheveux, les prémices des moissons, des récoltes. Certains sacrifices sont dits communiels : une partie de la victime immolée est offerte au dieu, l'autre est mangée par le fidèle, tous deux sont alors unis dans une alliance commune. Ailleurs, c'est un animal totem, et, par conséquent, divin qui est immolé et mangé, renouvelant ainsi l'alliance totémique. Ou bien, comme cela a lieu dans les sacrifices agraires, on accumule par des rites magiques les forces divines dans un animal dont l'esprit, mis en liberté par le sacrifice, revigore les récoltes ; ou on le laisse toucher le premier aux récoltes sacrées afin d'en user soi-même sans danger ; ou encore ce sont les premiers produits de la récolte que l'on offre au dieu pour reconnaître son droit de propriété sur la récolte entière et obtenir de pouvoir utiliser le reste sans encourir sa vengeance. Ces sacrifices ont pour but de nourrir le dieu, de s'unir à lui, de le révérer, de reconnaître parfois
(1) On a voulu appliquer à cette conception les mots de l'Épître aux Hébreux, i, 1 : multifariam multisque modis...
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son souverain domaine. D'autres pratiques ont pour objet d'établir entre le dieu et le fidèle une certaine ressemblance ; ce sont des tatouages, des mutilations, des danses qui font identifier le fidèle à son dieu et qui, en tout cas, lui sont agréables.
Certaines cérémonies accompagnent les divers moments de la vie. L'initiation (circoncision, épreuves diverses, jeûnes) a lieu ordinairement à l'époque de la puberté ; elle met sous la protection du dieu tribal et fait membre du clan. D'autres s'accomplissent au moment du mariage ou de la mort. Le malade est entouré d'un ensemble de soins magico-religieux dont le but est d'exorciser l'esprit du mal. On se prépare à certains actes religieux par des jeûnes et des purifications diverses (eau lustrale, feu, fumigation, etc.). Ces cérémonies ont pour objet de lever les tabous, de rendre pur, de permettre l'accès du dieu ou d'écarter sa malédiction du clan. C'est d'ordinaire le chef de famille ou le prêtre, le roi, le sorcier qui président à ces divers rites. Ce dernier doit à un état spécial, parfois provoqué par des breuvages magiques et enivrants, par des jeûnes prolongés, parfois naturel (épilepsie, maladies mentales), de voir des choses inconnues du reste des hommes, d'être possédé. Des visions, des songes accompagnent le plus fréquemment l'initiation à ces fonctions; parfois elles sont héréditaires. Le prêtre est souvent le roi, le sorcier et même le dieu tout ensemble. Son influence est alors considérable. Enfin il existe des corporations secrètes qui se livrent à un culte mystérieux et dans lesquelles on pénètre par un noviciat assez rude.
Par-dessus toutes ces cérémonies la prière a sa place. Elle est habituellement une demande de bonheur ; mais elle est souvent très élevée. Elle s'adresse parfois au dieu suprême ; elle va aussi aux autres dieux. Elle est personnelle, collective. Dans ce dernier cas elle peut être récitée, ou chantée en cadences, ou sous forme de litanies. Les processions permettent de prier le dieu de plus près et soumettent à son influence les lieux éloignés de sa demeure habituelle. Il est incontestable que le culte du primitif est fortement imprégné de magie ; les tabous, les exorcismes, les rites et les mots efficaces per se