II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
Pour emprunter une image à la géologie, nous dirons que l'Egypte nous présente ses couches en état de perturbation complète ; les fossiles des âges les plus divers sont confondus. Ce n'est que par leur identification avec les spécimens découverts dans des couches bien en place, que l'on peut arriver à les dater avec certitude. L'Egypte a donc énormément à attendre des résultats de l'étude des autres religions; il serait téméraire de la choisir comme type auquel les autres devraient se ramener.
2. A ces difficultés intrinsèques viennent s'en ajouter d'extrinsèques. Tout d'abord il faut avouer la connaissance encore imparfaite que l'on possède de la langue égyptienne, dont le mécanisme a été découvert il y a moins d'un siècle, et dont le vocabulaire a été reconstitué à peu près complètement par l'intermédiaire du copte. La littérature copte est essentiellement religieuse et chrétienne, et les termes qu'elles nous fournit appartiennent à la théologie chrétienne. Nous ne pouvons donc les appliquer que par analogie aux textes de la langue religieuse antique. On dissertera encore longtemps sur le sens originaire que les Égyptiens appliquaient au mot neter qui, en copte, signifie dieu.
Les innombrables tombeaux de toutes époques et les temples gigantesques dont les parois sont couvertes de textes et de figures, les papyrus, nous ont livré et nous livrent tous les jours encore une masse de documents dont le nombre est presque décourageant. Les musées d'Egypte et d'Europe regorgent de monuments dont la plupart peuvent servir à éclairer quelque point de l'histoire religieuse. Et cependant, à côté de tout ce que l'on possède, on constate des lacunes extrêmement regrettables : certaines questions des plus importantes, comme le culte des animaux, ne peuvent être résolues actuellement, faute de documents précis.
L'égyptologie, science encore jeune, n'a pas eu le temps d'étudier ce vaste domaine, dont elle n'a pu faire qu'une exploration sommaire. Les travaux systématiques seront l'œuvre du xxe siècle ; on devra créer des répertoires de noms de dieux, d'épithètes, dresser soigneusement la géographie religieuse dont le Dictionnaire géographique de
Brugsch constitue une première ébauche. Le grand dictionnaire en préparation à Berlin, nous donnera un excellent outil de travail, comblant ainsi une des lacunes les plus graves de l'heure présente.
Les pages qui suivront ne seront pas un développement systématique de l'histoire de la religion en Egypte, mais bien l'indication sommaire des points de vue fondamentaux qui semblent se dégager de l'étude attentive des matériaux que nous ont laissés les anciens cultes égyptiens.