II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
4. Les âmes, détachables du corps, peuvent être incorporées dans des objets divers, dans des fétiches. On connaît en Egypte des bâtons ou pieux sacrés — tel le fameux didou — des sceptres animés, des objets divers placés sur des hampes (enseignes), des statues, qui sont tous habités par une âme qu'on y a incorporée. Une des salles du temple de Séti Ier à Abydos donne des représentations d'un grand nombre de ces vieux fétiches.
Des arbres et des montagnes passaient pour être hantés par des esprits. Au cours des âges on rencontre la représentation graphique de cette idée : l'arbre, par exemple, est doté de bras, ou encore on voit un être qui en sort à mi-corps, ou enfin, un personnage divin est placé debout à côté de l'arbre.
5. Il est probable qu'il fut un temps où l'Egypte était divisée en un certain nombre de groupes, correspondant approximativement aux provinces ou nomes d'époque postérieure. Chaque groupe possédait, au lieu où se tenaient les marchés (1), un fétiche dont l'influence s'étendait sur une certaine étendue de territoire. Le développement politique du groupe social étendit l'influence du fétiche qui, par la multiplication de son image, devient un dieu s'incorporant dans chacune de ses idoles. On peut assister, en pleine époque historique, au développement de certains cultes, sous l'influence d'événements politiques. La masse considérable de génies d'ordre inférieur pourrait passer pour représenter d'anciens esprits auxquels les circonstances ne permirent pas de se développer en étendant leur puissance.
6. Le culte des animaux constitue une des formes les plus importantes de l'animisme. La grande extension de la zoolâtrie en Egypte correspond bien à ce que l'on sait des religions africaines. Doit-on recourir, pour expliquer les faits, au totémisme ? Cela paraît d'autant moins indiqué que l'on n'a pu démontrer en Egypte l'existence de l'organisation sociale qui accompagne le totémisme dans d'autres régions du globe. Le totémisme paraît n'être
(1) Maspero, Sur V origine du nome, dans la Revue critique, 1909 t. lxviii, p. 311.
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qu'une variété de la zoolâtrie et sa terminologie spéciale ne peut être transportée qu'abusivement à tous les phénomènes des cultes des animaux.
On manque malheureusement de documents précis pour étudier le développement du culte des animaux en Egypte. Il serait hardi de vouloir décider si, aux époques les plus anciennes, le culte s'adresse à des espèces d'animaux ou à des individus spécialement choisis, ce qui paraît d'ailleurs le plus vraisemblable. On serait tenté de croire que l'on témoignait une certaine révérence à tous les animaux d'une espèce, dans le nome dont le dieu principal était un de ces animaux. A l'époque saïte, nous assistons à un développement maladif des cultes d'animaux. C'est à partir de ce moment aussi qu'apparaissent les nécropoles d'animaux sacrés, où reposent des milliers d'individus.
Les bizarres combinaisons d'homme et d'animal, qui donnent au panthéon figuré de l'Egypte sa physionomie la plus caractéristique, peuvent s'expliquer soit par l'emploi démasques d'animaux, soit par la superposition d'un culte anthropomorphique et d'un culte zoomorphique. Thot prendra une tête d'ibis ou une tête de taureau dans les Localités où existait un culte de l'ibis ou du taureau. Hathor sera à tête de vache ou de lionne pour une raison semblable. En certaines localités, un dieu anthropomorphe et un dieu animal seront réfractaires à toute combinaison de formes : Ptah, à côté du taureau Apis, ne prendra jamais une tête de taureau.
7. Un certain nombre de divinités président aux grands phénomènes de la nature. Le ciel, la terre, le Nil, le soleil, ont été personnifiés sous des formes diverses et contradictoires, avec une tendance marquée à l'anthropomorphisme. Les mythes qui mettent en action ces dieux de la nature ont, comme on le verra, un caractère souvent artificiel ; on cherche à les faire entrer dans les cadres plus ou moins rigides des systèmes théologiques. Le dieu Nil n'est rattaché à aucun système, il jouit d'une position particulière, son culte est peu connu d'ailleurs.
8. Le culte solaire occupe une place prédominante. L'objet du culte est le disque lumineux lui-même, mis en rapport, sans qu'on en sache exactement le motif, avec