II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
qualité de fils et héritier des dieux. Un conte explique l'importance que prit le culte solaire, à partir de la Ve dynastie, en disant que les trois premiers rois de celle-ci avaient été conçus par le dieu Ra et étaient nés de la femm e d'un prêtre de ce dieu. Sous la XVIIIe dynastie, les temples de Deir-el-Bahari et de Louxor nous montrent l'intervention directe du dieu Amon, qui a pris les traits du roi, dans la procréation de la reine Hatshepsout et du roi Aménophis III. De petits temples, appelés mammisi, sont ornés de scènes relatives à la naissance du fils du dieu local : la déesse-mère est la reine-mère et son fils est le pharaon. L'exemple le plus récent est au mammisi d'Erment, où les reliefs représentent la naissance de Ptolémée Césarion, fils de Cléopâtre et de Jules César.
Quand le roi monte sur le trône, on dit qu'il s'est levé comme le soleil sur le trône d'Horus, ou sur le trône de Geb. Quand Thoutmès III est couronné, il s'envole au ciel comme un faucon sacré, s'assied au conseil des dieux, comme Horus, et reçoit l'investiture de sa charge royale. Si le roi meurt, il monte au ciel, se joint au disque solaire, se mêle aux dieux. Ainsi s'expriment les textes, et l'on ne pourrait affirmer plus clairement l'idée que l'on se faisait de la réalité du caractère divin des rois.
Les scènes et les textes relatifs au couronnement confirment encore ce caractère. Les dieux en personne, figurés par des prêtres, interviennent dans la cérémonie, purifient le nouveau roi, lui posent sur la tête les couronnes, lui communiquent le sa, sorte de fluide magique. Il faut mentionner ici un curieux épisode du couronnement : les dieux inscrivent le nom du roi sur les feuilles ou les fruits de l'arbre sacré du temple d' Héliopolis. Un prêtre, appelé Anmoutef, paraît être spécialement attaché au culte du roi.
Une fête Heb-sed est certainement en rapport avec le roi. On en trouve la trace dès la première dynastie; la représentation la plus complète qu'on en possède est à Bubaste : elle date d'Osorkon II (1). Des idées très diver-
(1) E. Naville, The Festival-Hall of Osorkon II in the Great Temple of Bub astis, dans Egypt Exploration Fund, 1892.
génies ont été exprimées au sujet de cette fête. On a cru pouvoir y reconnaître le souvenir d'une époque où, comme en d'autres pays, les rois étaient sacrifiés après une certaine durée de règne. Le Heb-sed serait alors théoriquement la fin d'un règne ; seulement, le successeur serait le même roi que l'on couronnerait à nouveau, qui prendrait un autre nom et se construirait un nouveau palais. Il est même possible que l'on ait fait des tombeaux de Heb-sed. contenant seulement une statue du roi.
Quelles vont être les obligations des rois à l'égard des dieux? Ils construiront et restaureront les temples, prendront des dispositions pour assurer les anciennes fondations d'offrandes ; ils en institueront de nouvelles, rempliront les greniers, les magasins et les trésors, feront participer les dieux à tous les bénéfices qu'ils réaliseront, et partageront notamment avec eux le butin et les tributs prélevés sur les peuples vaincus. Ramsès III emporta dans l'autre monde une comptabilité en règle de tout ce qu'il avait fait pour les dieux ; c'était une merveilleuse lettre de créance pour entrer dans l'assemblée divine. Ce document, connu sous le nom de grand papyrus Barris, est un exposé des plus précieux de l'organisation des temples égyptiens à la XXe dynastie.
12. Le roi est, par essence, le grand-prêtre de tous les dieux. Sa qualité de fils et successeur des dieux lui confère un privilège comparable à celui du fils aîné dans le culte funéraire. On trouve donc parfaitement réalisée, en Egypte, cette réunion sur une même personne du triple caractère divin, sacerdotal et royal, dont on rencontre de nombreux exemples dans d'autres pays. Si, au début, le caractère divin semble avoir entraîné les deux autres, on peut croire que, plus tard, le caractère politique fut le plus important. Aux époques de décentralisation, le pouvoir sacerdotal est entre les mains des princes des nomes, lesquels n'affichent aucune prétention à la filiation divine.
Théoriquement, le roi seul présente les offrandes aux dieux, car il jouit seul des caractères qui les feront agréer. En pratique, on se contentera de faire les offrandes au nom du roi, et les monuments les plus modestes, dans les