‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 42 sur 239 · II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE

1 8. On n'a pas conservé d'hymnes datant de l'Ancien Empire, sinon dans la grande collection de formules connue sous le nom de Textes des Pyramides. Au Moyen Empire, on en rencontre sur des stèles funéraires, hymnes à Osiris ou à Min, qui consistent principalement en l'énumération d'un certain nombre de qualités et attributs du dieu, entremêlés d'allusions mythologiques. La forme est souvent celle de la litanie.

Les hymnes du Nouvel Empire sont profondément influencés par les systèmes théologiques : on s'efforce de ramener les dieux à un seul type : Amon-Ra est le centre des préoccupations religieuses, et l'on pourrait être tenté de parler d'essais de monothéisme, si l'on examinait, chaque phrase isolément, la doctrine exprimée. L'ensemble détruit malheureusement cette impression. On ne peut nier cependant que les hymnes du Nouvel Empire appartiennent à une religion plus parfaite et surtout plus humaine, qui fait une place à l'amour. Les menaces grossières de priver les dieux du nécessaire, s'ils manquent à accorder ce qu'on exige d'eux, sont remplacées par de véritables élans du cœur.

En voici quelques exemples : « Amon guérit qui il veut, même celui qui serait déjà dans l'autre monde... Il entend les supplications de quiconque crie vers lui. Il vient de loin, à l'instant, vers celui qui l'appelle... Il vaut mieux que des millions d'hommes pour celui qui le place dans son cœur. »

— « Amon-Ra, je t'aime et t'ai placé dans mon cœur. »

— « Thot est la douce fontaine pour l'altéré dans le désert, elle est douce pour celui qui vient et qui discourt, elle se manifeste à celui qui se tait. Vienne le silencieux, il trouve la fontaine. » ■ — Toute la nature est soumise à Amon. Les arbres et les plantes distillent les parfums, les huiles pour le dieu, et les cèdres donnent leur bois pour la construction de la barque-tabernacle, tandis que les montagnes procurent les pierres nécessaires à la construction du temple, etc.

Aménophis IV, persécutant le culte d'Amon, au bénéfice du dieu d' Héliopolis, sous la forme du disque Aten, fit composer ou composa lui-même deux hymnes exaltant la gloire du soleil. L'un surtout, le plus long, est très re-

marquable, et on a pu le mettre en parallèle avec le psaume civ. Les splendeurs et les bienfaits du soleil y sont décrits ; on en fait un dieu dont la puissance ne s'arrête pas aux frontières de l'Egypte, mais qui règne sur tous les peuples de la terre. Il est plein de sollicitude pour les créatures les plus infimes, prend soin du poussin dans l'œuf, lui procure l'air nécessaire pour respirer et les forces qui lui permettent de briser sa coquille.

Des hymnes de basse époque se perdent dans des subtilités théologiques extrêmes. Un hymne à Khnoum d'Esneh, rédigé vers 150 avant notre ère, peut être cité comme exemple (1). On y exprime des idées comme celles-ci : « Khnoum est éternel ; si, antérieurement à la production de l'univers, il était intangible, il prend postérieurement la forme d'un bélier, ou plutôt s'incarne dans un bélier, celui de Mendès. Cet animal, manifestation du dieu suprême, est supérieur à quatre béliers dans lesquels s'incarne une des quatre personnes qui composent la divinité ; ces personnes qui représentent les éléments sont figurées par le bélier de Ra (le feu) adoré à Éléphantine, celui de Shou (l'air) qui est à Latopolis, celui d'Osiris (l'eau) à Hypsélis, et enfin celui de Geb (la terre) gardé à Her-ourt. Ces quatre béliers sont donc des Khnoums secondaires, émanés du Khnoum unique, aussi le bélier de Mendès qui les résume est appelé bélier à quatre têtes. » C'est la théologie raisonneuse d'une religion qui se survit et qui a perdu tout empire sur les âmes.

19. Ceci nous amène à étudier la constitution des systèmes théologiques. Chaque grand temple en élabore urf qui lui est propre et qui fait de son dieu la base de tout. Les circonstances politiques ont assuré la fortune de quelquesuns de ces systèmes. Héliopolis, Hermopolis et Thèbes ont vu ainsi, aux différentes époques, prévaloir leur théologie. Signalons ici l'existence de véritables divinités « d'école » qui ne reposent que sur la nécessité de compléter des cadres. On crée des divinités, par voie philologique, en tirant du nom d'un dieu le nom d'une déesse par la simple

(1) Daressy, Hymnes à Khnoum du temple (P Esneh, dans le Recueil des travaux, 1905, t. xxvn, p. 82-93, 187-193.

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