II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
adjonction de la désinence du féminin. On a aussi divinisé des abstractions comme le goût, l'intelligence, etc.
On a imaginé divers groupements des dieux. L'un est basé sur l'organisation de la famille et dans ce cas on se trouve en présence d'un dieu, d'une déesse et d'un enfant divin. A Memphis, la triade est composée de Ptah, Sekhmet et Nerfer-Toum ou Imhotep ; à Thèbes, d'Amon, Moût et Khonsou. L'ennéade, du type héliopolitain, est construite aussi sur le plan de la famille, mais en embrassant plusieurs générations ; l'ennéade n'est donc pas formée par la juxtaposition de trois triades. Voici la composition de la neuvaine héliopolitaine qui servit de type à la plupart des autres neuvaines. En tête se trouve Atoum. C'est le créateur, qui donne naissance d'abord à Shou et à Tefnout qui constituent le premier couple divin, lequel, à son tour, donne naissance à Geb, le dieu terre, et à Nout, la déesse du ciel. Deux couples de dieux sont alors enfantés par Geb et Nout, complétant la neuvaine : ce sont Osiris et Isis, Seth et Nephthys.
Un autre principe de groupement paraît être l'association des dieux, suivant des raisons qui nous échappent souvent, mais qui parfois durent être politiques. Ainsi, à Éléphant ine, le dieu d'Esneh, Khnoum, est associé aux déesses nubiennes Saté et Anouké. A Hermopolis, Thot était associé à quatre dieux élémentaires se dédoublant en une ogdoade qui, avec l'adjonction de son chef Thot, semble ramener la combinaison hermopolitaine au type de l'ennéade héliopolitaine.
Les dieux de moindre importance sont facilement absorbés dans la personnalité des principaux; des entités équivalentes se combinent : ainsi les dieux des morts Khent-Amenti et Osiris, Osiris et Sokaris deviennent Osiris-Khent-Amenti et Sokar-Osiris. La nouvelle divinité réunit en elle les attributs des deux dieux originaires. Rappelons ici les phénomènes de contagion solaire signalés précédemment (§ 8). La tendance est de chercher à réduire de plus en plus le nombre des dieux. Amon de Thèbes, au Nouvel Empire, pourrait passer, à première vue, comme réalisant la caricature d'un dieu monothéiste.
L'impossibilité qu'il y avait de laisser absorber entière-
ment par Amon la personnalité de dieux aussi puissants que Ra d'Héliopolis et Ptah de Memphis, conduisit un théologien à imaginer une explication originale, conservée dans un hymne. Amon, Ra et Ptah, les trois principaux dieux de l'époque ramesside, sont représentés comme une trinité en une unité. Comme tels, leur volonté est une, et l'on cherche à montrer comment leurs ordres sont transmis. Le message divin vient du ciel et est entendu à Héliopolis, qui, en sa qualité de ville solaire, est en relation des plus étroites avec le ciel. A Memphis, le décret était répété à Ptah et, de là, communiqué à Thèbes par une lettre en écriture de Thot, le secrétaire des dieux (dont on sauvegarde ainsi l'individualité). A Thèbes résidait le pouvoir et par conséquent la puissance de la trinité et c'est là que la question recevait une solution, c'est-à-dire qu'elle était décidée et exécutée (1).
20. Cet effort théologique suppose une foule de mythes sur lesquels s'exerça l'esprit spéculatif des prêtres. Les hymnes et les rituels nous permettent, par les allusions qu'ils font à des épisodes mythologiques, d'entrevoir la richesse de ce genre de littérature religieuse. Ce que nous avons conservé est relativement peu de chose. La plupart des mythes nous sont parvenus incorporés dans des livres magiques ; on se réfère à des épisodes de la vie des dieux, on s'en prévaut, pour obtenir quelque résultat, tel que la guérison d'une maladie. On devait, dans certaines conditions de pureté, transcrire le texte dont la vertu opérait infailliblement.
Nous pouvons distinguer deux catégories de mythes. Les uns constituent l'histoire officielle des dieux, et les récits se déroulent avec l'allure de chroniques, farcis d'indications géographiques. Citons, par exemple, le récit des guerres d'Horus, à Edfou; le texte du naos d'El-Arisch, relatif au règne de Sou et de Geb. Les autres, au contraire, ont une allure moins compassée et moins officielle: ce sont plutôt les aventures que l'histoire des dieux. L'histoire officielle est l'élaboration savante et sacerdotale des récits
(1) Gardiner, Hymns to Amon from a Leyden Papyrus, dans la Zeitschrift fur àgyplische Sprache, 1905, t. xlii, p. 12-42.