‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 44 sur 239 · II. LA. RELIGION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

II. LA. RELIGION ÉGYPTIENNE

populaires qui consistaient en une exégèse un peu simpliste avec force jeux de mots et à peu près philologiques.

Les mythes cosmogoniques occupent une place importante dans Thistoire des dieux. On y trouve de très ancienne date la lutte du dieu solaire Ra contre le grand serpent Apap, sorte de dragon ennemi de la lumière. La création et l'organisation du monde sont racontées d'une façon puérile. Le dieu Atoum-Ra crée d'abord les deux dieux qui soutiennent le soleil, Shou et Tefnout. Leurs enfants Geb et Nout sont la terre et le ciel, ce dernier séparé de la terre par Shou. Le ciel et la terre donnent naissance à Osiris et Isis, à Seth et Nephthys ; et nous retrouvons ainsi l'ennéade complète. La lutte d'Osiris et de Seth est calquée en quelque sorte sur celle de Ra et Apap : elle n'est pas d'aussi ancienne date qu'on est généralement porté à le croire. Dans le système hermopolitain, Thot crée le monde par la parole ; il prononce les noms des êtres qui sont immédiatement appelés à l'existence.

Les aventures des dieux ont parfois des prétentions historiques, parfois au contraire ce sont de véritables romans. Du premier genre on peut citer l'histoire d'Isis dépouillant par ruse le dieu Ra, lui enlevant son nom secret, afin de s'assurer une puissance égale à celle du roi des dieux. Du second genre, l'exemple le plus connu est le conte des deux frères, dont les héros, Anubis et Bâta, sont les dieux de Cynopolis. Le caractère souvent trivial du conteur oriental n'épargne pas les dieux, et le papyrus Ebers nous montre Isis éteignant un incendie de la même manière que le faisait Gulliver à Lilliput.

21. Les systèmes théologiques eurent peu d'influence sur la masse de la population et, même dans les grands temples, on est choqué du contraste continuel entre les formes les plus élevées et les plus basses de la religion. Au moment où les prêtres thébains élaboraient les hymnes les plus purs, des béliers couraient en liberté, dans le temple, de même que des oies sacrées, tous deux emblèmes ou plutôt incorporations d'Arnon. Les dévots ne manquaient pas de leur consacrer de petites stèles.

On connaît une nombreuse série de monuments dédiés aux dieux inférieurs, objets de la dévotion du peuple. Les

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animaux y occupent une place marquée, surtout les serpents. Araon, dieu tout-puissant de Thèbes, trouve de redoutables concurrentes, dans la faveur des fidèles, en la personne de la déesse serpent Miritseker ou dans la déesse hippopotame Taourt.

22. A côté des cultes populaires, et intimement mêlée à eux, s'épanouit la magie. Il serait extrêmement difficile de vouloir séparer en Egypte les phénomènes religieux des phénomènes magiques. Les deux espèces se pénètrent continuellement et dans une même formule, dans un même rite, on passe sans cesse du point de vue religieux au point de vue magique et vice versa. Bien qu'il existât de véritables sorciers, récitateurs d'incantations, les fonctions de sorcier et de prêtre étaient le plus souvent confondues.

On recourt à la magie, dans un but de protection, en se servant de talismans tels que des stèles, des bâtons en ivoire gravés, des pendeloques de formes diverses. Des scarabées, dont le plat était orné de figures déterminées, prévenaient certaines maladies. On cherchait aussi à exercer une action directe sur les êtres en recourant aux pratiques de l'envoûtement. Un papyrus relate la condamnation d'un Égyptien accusé d'avoir fait des images en cir<i dans le but de nuire au roi.

Les magiciens de l'Egypte réalisaient des prodiges dont quelques-uns sont décrits dans les contes populaires : un crocodile, une barque, une chaise à porteur, modelés en cire, deviennent, grâce à la récitation d'une formule appropriée, crocodile, barque et chaise réels. L'eau d'un lac est divisée en deux, une partie empilée sur l'autre, afin de retrouver un bijou qui s'était perdu.

Le moyen le plus puissant auquel avaient recours les magiciens, est l'emploi des formules et surtout des noms. Invoqué par son véritable nom, nul être divin ou humain ne peut résister. On parle, dans les contes, de formules si puissantes qu'elles enchantent le ciel, la terre, le monde de la nuit, les montagnes et les eaux ; elles donnent la connaissance du langage des oiseaux et des reptiles. La médecine égyptienne, à côté des recettes qui résultent de l'observation et de la pratique, recourt volontiers aux formules qui chassent du corps du malade l'esprit qui s'y est

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