‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 45 sur 239 · II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE

introduit et que Ton croit être la cause de la maladie. Souvent les formules magico-médicales sont dirigées contre les morts attaquant les vivants. Nous aurons l'occasion en étudiant les croyances funéraires de constater encore la toute-puissance des formules.

23. À quel niveau moral les Égyptiens sont-ils parvenus? C'est là une question que nous devons nous poser avant de terminer l'examen de la religion des vivants. Les Égyptiens ne se font pas faute de proclamer qu'il est agréable aux dieux de voir accomplir par leurs fidèles toutes les prescriptions d'une morale sévère. Dans les panégyriques qu'ils prononcent d'eux-mêmes sur les stèles funéraires ils ajoutent d'ordinaire qu'ils n'ont pas manqué à cette obligation. Des manuels de morale nous ont été conservés sous forme de conseils aux jeunes gens ou de recueils de sentences morales.

La meilleure idée de la morale égyptienne nous est fournie par la fameuse confession négative, que les morts devaient prononcer devant le dieu Osiris et dont il sera question plus loin. « Toute notre morale s'y montre en germe, avec des raffinements de délicatesse que n'ont pas eus des peuples de civilisation plus complète et moins éloignés de nous. Le dieu n'y réserve pas sa tendresse aux heureux et aux puissants du monde, mais les faibles en obtiennent leur part : il veut qu'on les nourrisse, qu'on les habille, qu'on les exempte des tâches trop lourdes, qu'on ne les pressure point, qu'on leur épargne les larmes inutiles. Si ce n'est pas encore l'amour du prochain tel que nos religions le prêchent, c'est du moins la sollicitude ingénieuse qu'un bon seigneur doit à ses vassaux, et sa pitié s'étend jusqu'aux esclaves : non seulement il entend qu'on ne les maltraite pas soi-même, mais il défend qu'on les fasse maltraiter par leurs maîtres (1). »

Cet idéal est incontestablement élevé ; malheureusement la réalisation en est médiocre. L'Égyptien qui s'écrie : « 0 Amon-Ra, qui es le juge du malheureux, qui ne prends point les cadeaux des violents ! » nous en dit long sur les

(1) Maspero, Histoire ancienne des peuples de V Orient classique, 1895, t. i, p. 191.

pratiques de la justice. Dans l'autre monde il en va de même et Ton a pu dire justement : « L'accès du paradis est réservé plus encore au magicien expert qu'à l'homme riche de sa seule vertu. La magie supplée à l'honnêteté et trompe les dieux comme les hommes... La magie donne un caractère amoral à cette religion égyptienne, qui proclame si hautement par ailleurs le culte de la justice et de la vérité ; elle oppose le mensonge à la sincérité, et assure l'impunité du méchant et de l'impur qui sait lier les dieux par ses enchantements (1). »

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