II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
nér aires un développement historique, plus aisément que pour la religion des vivants. Les nombreux tombeaux datés nous apportent ici une suite quasi ininterrompue de documents. On aurait tort néanmoins d'attacher une signification trop grande à la date précise de la première manifestation d'un usage ou d'une croyance : dans le domaine de la religion des morts, les nouveautés ont, plus que partout ailleurs, de la peine à se faire adopter et surtout à se manifester clairement. Une idée a pu être admise pendant des siècles avant qu'on en trouve la traduction formelle dans un tombeau. Ces réserves faites, nous pouvons essayer de retracer l'histoire abrégée du développement des croyances funéraires.
26. Des milliers de tombeaux préhistoriques nous montrent que les primitifs égyptiens ne différaient en rien de la plupart des peuples à civilisation rudimentaire. Le corps est ligoté étroitement, en position dite accroupie, couché sur le côté gauche, la tête le plus souvent au sud, face à l'ouest. Parfois le corps a été intentionnellement découpé en morceaux, les os décharnés, la tête disposée à part, de façon à rendre impossible une réincarnation toujours redoutée. C'est donc tout à fait à l'opposé du principe de la momification qui n'apparaîtra que beaucoup plus tard. Au-dessus du tombeau, on accumulait vraisemblablement des pierres, formant un véritable tumulus.
Le mort emporte dans la tombe ses objets personnels, surtout ceux auxquels il tient le plus, armes ou parures. Les vivres et les boissons ne sont jamais négligés. Des statuettes d'animaux, de femmes, d'esclaves, • dispensent de sacrifices réels. Une ou deux pierres levées déterminent à la surface du sol l'emplacement de la tombe : une marque ou l'inscription d'un nom identifie la pierre ou stèle au défunt en y attachant son esprit.
27. Sous l'Ancien Empire, les scènes gravées et peintes sur les murs des chapelles funéraires nous apportent des documents exceptionnellement précieux. Funérailles, rituel de la mise au tombeau, vie factice procurée à l'âme ; tout cela nous est minutieusement décrit. Ce qui ressort nettement, c'est la croyance que le mort, corps et âme ou double, reste sur cette terre, dans le tombeau qui devient
sa demeure éternelle. Le corps, qui ne paraît avoir subi aucune préparation conservatrice, est enfermé dans un caveau, tête au nord, face à Test, couché sur le côté gauche. Quant à l'âme, elle est incorporée dans une statue.
28. Au moment de la mise au tombeau, une cérémonie appelée « l'ouverture de la bouche », fixait l'âme du défunt dans la statue, d'ordinaire en bois, reproduisant avec toute l'exactitude possible les traits du mort. La statue ainsi animée était introduite ensuite dans la chapelle du tombeau, où elle recevait les offrandes des descendants. Parfois, la statue, au lieu d'être placée dans la chapelle, était installée dans le temple du dieu local. Comme on redoutait à bon droit la fragilité des statues de bois, on avait soin de préparer une ou plusieurs statues en pierre qui offraient des garanties plus sérieuses de durée.
La pierre ou stèle au nom du mort porte le plus souvent une représentation du défunt ou de sa statue. On la place sur la façade de la tombe, ou à l'intérieur de la chapelle, ou encore dans le temple. Autour de l'image du mort se grouperont les formules funéraires, puis les représentations les plus diverses, si bien que la stèle constituera le véritable résumé du tombeau.
A l'époque de l'Ancien Empire, le tombeau du type appelé mastaba présente l'aspect d'une grande banquette en briques ou en pierre recouvrant la chambre funéraire à laquelle on accède au moyen d'un puits. A l'intérieur du massif, ou adossé à lui, se trouve la chapelle dont nous venons de parler. Outre la statue du mort ou la stèle (il y a souvent deux statues et deux stèles, sans qu'on en sache exactement la raison), la chapelle contenait des groupes en bois ou en pierre représentant la famille et les serviteurs prêts à servir leur parent ou leur maître. Leur présence donnait à l'âme l'illusion d'une existence heureuse. Souvent on remplaçait ces groupes par des reliefs peints, garnissant les murs de la chapelle. Les facilités du dessin vis-à-vis de la sculpture en ronde-bosse ont permis de développer le procédé à l'infini et les reliefs des tombeaux de l'Ancien Empire nous donnent un tableau complet de la vie en Egypte à la période memphite.
Les tombes royales nous montrent l'application d'un