II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
principe identique. On n'abandonne pour les rois le type du mastaba qu'à la IIIe dynastie ; on en tire graduellement la pyramide, à l'intérieur de laquelle le corps du roi était enfermé. A la pyramide est adossé un temple funéraire, dont les chapelles des particuliers n'étaient que des réductions autorisées par le roi. Celui-ci concède à ses parents et à ses familiers le privilège d'une sépulture quasi royale.
Outre un vestibule dans la vallée, le temple de la pyra mide comprend une cour à colonnes, une salle à niches contenant les statues de pierre, une salle adossée directe ment à la pyramide et contenant la stèle, enfin, une série de chambres-magasins destinées à renfermer les offrandes, Le monument le plus complet de ce type est le temple de la pyramide du roi Sahura de la Ve dynastie à Abousir.
29. Aux fêtes des morts les parents venaient au tombeau renouveler les provisions funéraires. On se déchargeait de ce soin sur des « prêtres du double» qui s'acquittaient, moyennant rétribution, de tous les services exigés pour le bien-être de l'âme du mort. On voit se constituer ainsi de véritables sacerdoces funéraires dont les fonctions sont héréditaires et qui servirent peut-être de modèle aux sacerdoces permanents des temples des dieux. Les particuliers déterminent par contrats, et les rois par décrets, quelles seront les obligations de ces prêtres et spécifient quels seront leurs bénéfices.
30. Les croyances et coutumes funéraires que nous venons d'esquisser forment le fond de la religion des morts à toutes les époques. D'autres idées vont apparaître, difficilement conciliables avec les premières. Les vieilles idées ne cesseront jamais d'avoir une importance très grande aux yeux des Égyptiens ; ils ne pourront jamais se résigner à les abandonner quelle que soit leur incompatibilité avec les points de vue nouveaux.
Dans la pyramide d'Ounas, le dernier roi de la Ve dynastie, et dans les pyramides des rois de la VIe, Maspero découvrit une série considérable de textes funéraires. A côté des formules relatives à l'offrande et à l'ouverture de la bouche, à côté des incantations contre les animaux malfaisants qui attaquaient les morts comme les vivants, on
rencontre des textes qui montrent un changement profond dans les croyances funéraires. L'âme du roi mort ne reste plus au tombeau, elle quitte cette terre pour se rendre dans le monde des dieux.
Il semble bien qu'on ait commencé par concevoir dans chaque nome un monde spécial où vivait le dieu local et où le mort devait se rendre. Il y aurait eu autant d'enfers qu'il y avait de nomes, et pour chacun d'eux on imaginait une matière différente de s'y rendre. L'âme s'y envolait comme une oie, comme une sauterelle, ou bien elle était emportée sur l'aile du dieu ibis ou sur le dos d'une vache ou d'un taureau, ou bien encore elle pouvait s'y rendre en bateau, à pied, à travers le désert, ou plus simplement en escaladant le ciel au moyen d'une échelle.
La route qui conduisait dans ces mondes divins était longue et pénible, semée d'embûches et de dangers. Dès la fin de l'Ancien Empire, on élabore des guides, parfois illustrés, donnant aux morts toutes les indications utiles. A côté des renseignements d'ordre géographique, on y trouve des formules et des incantations indispensables à la réussite de ce voyage aventureux. Ces textes ont été transcrits sur des cercueils en bois antérieurs au Nouvel Empire; ils constituent, avec les textes des pyramides, la majeure partie du Livre des Morts.
31. Arrivé dans le monde des dieux, deux attitudes étaient possibles ; ou bien l'on entrait dans cette autre terre comme un des vassaux du dieu, ou bien l'on s'imposait en maître en se substituant au dieu lui-même. C'est à cette dernière alternative que s'arrêtaient les rois. Avec la complicité de génies, le roi s'emparait des dieux, les saignait comme du bétail et se nourrissait de leurs membres, ce qui paraissait la meilleure manière de s'assimiler leur force et leur vertu. Le texte conservé dans la pyramide d'Ounas enlève tous les doutes sur la réalité brutale de cette substitution du roi aux dieux.
32. Dès ce moment, Osiris tend à prendre une place privilégiée parmi les dieux des morts et les rois morts commencent à s'appeller des Osiris. Il n'est pas très facile de découvrir la raison de cette faveur d'un dieu du delta.