II. LA RELIGION ÉGYPTIENNE
Il y aurait lieu d'expliquer pourquoi Osiris réussit à absorber la personnalité du dieu Khent-Amenti d'Abydos. Autant le fait est certain, autant les raisons en sont obscures. Dès qu'Osiris est maître d'Abydos, et la chose est réalisée dès la VIe dynastie, il devient le dieu des morts par excellence de l'Egypte tout entière.
33. La plupart des traits particuliers des dieux des morts se réunissent sur la personne d'Osiris ; de même, les divers enfers seront successivement annexés au royaume d'Osiris dont ils constitueront des domaines plus ou moins distincts. Le dieu Sokaris de Memphis et son enfer Ro-stau ne conserveront une individualité partielle que grâce à une identification de Sokaris avec Osiris sous le nom de Sokar-Osiris. Comment s'appelait d'abord l'enfer spécial d'Osiris ? On serait tenté de lui attribuer les champs d'Ialou, si les Textes des Pyramides ne nous révélaient l'existence d'un dieu Ialou, qui paraît bien en avoir été le premier maître.
Quoi qu'il en soit, Osiris règne bientôt sur les champs d'Ialou, et c'est là qu'on plaçait le plus communément le séjour des morts dans l'autre monde. On a reconnu depuis longtemps que cette région, entrecoupée de canaux, de lacs et d'îles, à la terre d'une merveilleuse fertilité, devait être située dans le delta. Les morts y menaient une existence à peine différente de celle que menaient en Egypte les fermiers d'un grand domaine : ils devaient cultiver la terre, entretenir les canaux d'irrigation, transporter le sable qui menaçait de les obstruer, faire des briques, etc.
34. Il est assez étrange de constater que cette nouvelle vie d'outre-tombe est moins brillante, moins agréable que celle que l'on s'entendait à procurer aux âmes dans les chapelles des mastabas de l'Ancien Empire. Ce fait s'explique assez bien si l'on admet que nous sommes ici en présence
d'un procédé nouveau imaginé par les vivants pour se débarrasser de l'âme des morts d'une manière définitive, quitte même à ce que ceux-ci y trouvent moins d'avantages. On imagina d'ailleurs immédiatement de remplacer le mort à la corvée par une figurine magique, puis de le faire accompagner de nombreuses statuettes représentant les ouvriers qui répondraient à l'appel du dieu pour exécuter tous les travaux qu'il était en droit de
réclamer de ses vassaux. On appelle « répondants » ou oushebti ces statuettes magiques.
35. La disposition fondamentale des tombeaux du Moyen Empire et du Nouvel Empire ne diffère pas radicalement de ceux de l'Ancien. Au Moyen Empire, cependant, on peut remarquer qu'on dépose en grand nombre des groupes en bois figurant les serviteurs, dans le caveau même, au lieu de les mettre dans la chapelle comme précédemment. Le mort est toujours renfermé dans une chambre souterraine (nous verrons dans un instant que le traitement du corps s'est modifié), la chapelle est décorée de scènes, plus souvent peintes que sculptées, destinées à procurer à l'âme une satisfaction complète ; les statues et les stèles, tout en subissant des modifications- plus ou moins importantes, ne sont pas faites dans un but différent de celui que l'on avait eu en vue jusqu'à présent.
36. Dans un certain nombre de tombeaux du Nouvel Empire on commence à rencontrer des scènes extraites du Livre des Morts accompagnées de textes. Dans le cercueil même, on trouve des copies du Livre sur rouleaux de papyrus, plus ou moins longs, plus ou moins soignés comme exécution. On se tromperait étrangement si l'on s'imaginait que le Livre des Morts, le Livre de sortir du jour ou de sortir pendant le jour, selon son titre égyptien, est une composition littéraire faite suivant un plan déterminé. C'est une réunion factice de textes d'origines diverses, tenant du guide, du manuel de théologie, du recueil de recettes magiques, du livre de prières. On y a incorporé des écrits ayant eu une existence indépendante, et, parmi les chapitres, ils ont conservé leur titre de Livres. Il n'y a aucun ordre déterminé des diverses pièces et ce n'est qu'à l'époque saïte qu'on a cherché à faire adopter une recension en quelque sorte officielle.
37. Le but du Livre des Morts est réellement de procurer à tous les morts qui en possèdent une copie les avantages qui avaient été réservés d'abord au roi seul : tous les morts deviennent des dieux, des Osiris. On a conservé néanmoins dans le Livre tous les textes incompatibles avec cette notion et qui dataient du temps où l'on se