III. LES SÉMITES
même langue dans les missives qu'ils s'adressaient entre eux. Les idées religieuses de la Chaldée profitaient de cette diffusion de la langue et de récriture pour pénétrer dans toute l'Asie occidentale. Certains mythes babyloniens ne nous sont connus que par des copies qui figuraient dans le dépôt d'El-Amarna et qui, par conséquent, faisaient partie de la bibliothèque du roi d'Egypte, Aménophis IV (vers 1380-1360 av. J.-C). Les Hébreux, qui tenaient aux Babyloniens par leurs origines (puisque leur ancêtre Abraham était sorti d'Our en Chaldée), se sont trouvés souvent en contact ou en conflit avec leurs frères du Tigre et de l'Euphrate. Les invasions assyriennes qui aboutirent à la prise de Samarie (721 av. J.-C.) eurent pour résultat non seulement la déportation en masse des Israélites en Mésopotamie ou en Médie, mais encore l'introduction de colons babyloniens au cœur d'Israël. La prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II (586 av. J.-C.) ouvrit l'ère néfaste de la captivité de Babylone durant laquelle la religion juive eut à se débattre contre les influences des cultes chaldéens. C'est au retour de cette captivité qu'un certain nombre des livres de l'Ancien Testament furent rédigés dans leur forme définitive. La littérature sacrée a pu conserver des traces du long séjour des Hébreux super flumina Babylonis.
Ces considérations indiquent l'importance capitale qu'il faut attacher à l'étude de la religion assyro-babylonienne, dans l'histoire des religions.
2. L'épithète assyro-babylonienne ne doit pas s'interpréter dans le sens que cette religion ait été composée d'éléments empruntés d'une part à la religion babylonienne, d'autre part à la religion assyrienne. Elle veut dire simplement que les Assyriens ont été les héritiers de la tradition religieuse de Babylone. C'est à Babylone, en effet, que, plus de vingt siècles avant Jésus-Christ, cette tradition religieuse est déjà fixée non seulement dans ses traits essentiels, mais encore dans le détail de ses croyances et de son culte. Au grand monarque Hammourabi (vers 2050 av. J.-C), le sixième représentant de la dynastie arabe qui fonda la suprématie de Babylone, il appartient d'avoir donné à la religion, comme à la jurispru-
dence et à la littérature, son empreinte définitive. Son œuvre, couronnement de celle de ses devanciers, consista non pas à introduire les divinités de l'Arabie dans le panthéon babylonien, mais à grouper autour de Mardouk, dieu national de Babylone, les nombreuses divinités locales répandues à travers la Chaldée. Ce syncrétisme eut pour résultat d'élargir l'horizon religieux des Babyloniens, il ne supprima pas les tendances particularistes des cités soumises à la domination de Babylone. Chaque cité conserva son dieu auquel elle assignait le premier rang dans les cérémonies sacrées. Les textes religieux de basse époque continueront de mentionner, dans leurs litanies, que tel dieu est le patron spécial de telle ville.
3. Les origines de ces cultes locaux se perdent dans la nuit des temps. Avant que le nom de Babylone n'apparaisse dans l'histoire, les villes de la Chaldée proprement dite, situées dans les plaines qu'arrose le cours inférieur du Tigre et de l'Euphrate, sont déjà en possession d'une civilisation florissante et d'une religion parfaitement constituée. Plus de trois mille ans avant notre ère, chacune de ces villes possède sa divinité qui n'exclut pas celle de la ville voisine ou rivale. Ces dieux ne sont pas des étrangers les uns par rapport aux autres, et souvent on imagine entre eux des relations de parenté. Ce serait une erreur grossière de croire que chaque cité s'était attribué à elle-même son dieu ou l'avait trouvé installé dans l'endroit qu'elle choisissait pour s'établir. La vérité est que les habitants de ces diverses cités, unis entre eux par les liens de la race et du sang, avaient été groupés primitivement et avaient possédé un panthéon commun. Il existait, d'ailleurs, un lien national entre les cités. Ainsi, dès l'époque la plus ancienne, toute la Chaldée du nord, qui comprend la région de Babylone et de Bagdad jusqu'à Nippour (aujourd'hui N ouf far), porte le nom de pays d'Akkad, à cause de sa capitale Akkad ou Agadé. Les habitants de cette région, les Akkadiens, sont des Sémites de race et de langue. On leur donnera le nom de Babyloniens quand Babylone sera devenue la capitale de tout le pays. Au sud de Nippour commence le pays de Shoumer, dont la capi-