III. LES SÉMITES
les principales figures de l'Olympe chaldéen, ne peut faire autorité contre le témoignage des inscriptions religieuses ou historiques, de la littérature juridique ou épistolaire, des rites cultuels ou magiques, tel que nous le possédons du premier au dernier jour de l'histoire des Babyloniens et des Assyriens. La Mésopotamie et la Chaldée sont les terres d'élection du polythéisme.
5. Mais la présence d'un terme commun, ilu, « dieu », avec son féminin ilta, « déesse», et son pluriel ilâni ou ilê, « dieux», prouve bien que les Babyloniens et les Assyriens ont eu l'idée d'une nature divine, qui, sans doute, était éparpillée sur un grand nombre d'individus, mais qui comptait certains caractères exigibles de tous les dieux. Gomme ilu appartenait au même thème que El des autres peuples sémitiques, on serait bien aise d'analyser ce mot et d'en déduire ainsi la conception du divin chez les Sémites primitifs. L'une des théories les plus en vogue est celle qui rattache el et ilu à une racine exprimant l'action de tendre vers un objet : le dieu serait celui vers qui Von tend, soit par l'aspiration du cœur, soit simplement pour lui porter une offrande, un sacrifice. D'aucuns trouveront cette théorie trop métaphysique et préféreront ne pas analyser ce terme qui représente une forme nominale élémentaire, analogue à celles qu'emploient les Sémites pour les mots primitifs « père», « mère », « frère », etc. Si l'étymologie ne nous renseigne pas sur le contenu de l'idée de « dieu » chez les Babyloniens et les Assyriens, l'écriture est peut-être plus significative à cet égard. Depuis la plus haute antiquité jusqu'aux derniers jours de la littérature cunéiforme, un même signe idéographique se place devant tout nom divin pour le déterminer, et cela aussi bien dans les textes sumériens que dans les textes babyloniens et assyriens. Ce signe est l'étoile, et, de prime abord, on serait tenté. de voir dans le choix de ce déterminatif l'influence du culte astral qui, comme nous le verrons, fut très en honneur dans la religion que nous étudions. Cependant, lorsqu'on veut désigner un astre, on recourt à la triple répétition du signe de l'étoile. Au signe isolé les syllabaires attribuent le sens de « ciel » et non celui d' « étoile ». Ainsi donc, le déterminatif divin spécifie non pas que les
dieux sont principalement des astres, mais plutôt que ce sont des êtres célestes. Aussi le « Seigneur des cieux » marchera-t-il en tête du panthéon chez les Babyloniens, comme chez les autres Sémites. Et tout naturellement les astres, ces êtres célestes par excellence, figureront au nombre des personnages les plus importants de la cité divine. En cela non plus les Babyloniens et les Assyriens ne s'écartent pas des idées sémitiques générales. Le soleil, la lune, les planètes ont été de tout temps adorés par les Sémites idolâtres, qu'ils fussent nomades ou sédentaires, incultes ou civilisés.
6. A ces êtres supérieurs, spécialement aux planètes qui vaguent avec une certaine liberté à travers le ciel, les Sémites primitifs ont prêté une véritable vie. Ce n'est que plus tard qu'ils consentirent à n'envisager les astres que comme la demeure, le char, le flambeau de telle ou telle divinité. Le témoignage des prières et des hymnes qui nous ont été conservées est formel sur ce point. D'ailleurs, l'écriture courante conserva la pratique de faire précéder du déterminatif divin le soleil, la lune, les planètes, même lorsqu'on les envisage simplement comme des astres. Il semble donc qu'un certain animisme, au sens le plus large du mot, ait pu influencer la conception babylonienne de la divinité. C'est ce même genre d'animisme qui leur a permis d'adorer le feu et le fleuve, ces forces bienfaisantes de la nature. Leurs autres dieux et déesses rentrent dans la catégorie sémitique des baals, c'est-àdire des « Seigneurs » qui possèdent tel domaine mondial ou qui président à tel phénomène de la nature. Ils n'appartiennent pas au groupe des grands « Célestes », constitué par le Seigneur des cieux et les astres. Mais l'anthropomorphisme qui, dès les origines, colore la représentation qu'on se fait des êtres divins, permet de les séparer de leur élément pour leur faire prendre part aux assemblées célestes. Les dieux et les déesses deviennent des personnages, vivant d'une vie analogue à celle de l'humanité. Ils vont, viennent, agissent, chacun avec son individualité caractéristique. La mythologie raconte leurs aventures plus ou moins romanesques. Ils ont une famille et un foyer, des passions et des désirs. L'imagination grec-