III. LES SÉMITES
que n'a rien eu de plus hardi concernant la vie humaine des divinités. Mais, comme chez les Grecs, ces dieux, rapetisses aux proportions de l'homme, doivent être essentiellement des Immortels. Les morts ne peuvent participer aux honneurs divins, comme nous le verrons par la suite. La vie éternelle appartient aux dieux, la mort aux hommes. C'est ce qu'atteste l'un des fragments de l'épopée de Gilgamès, antérieur de deux mille ans à l'ère chrétienne (1) :
Lorsque les dieux créèrent l'humanité, Ils placèrent la mort pour l'humanité, Ils retinrent la vie entre leurs mains.
Quand nous étudierons la doctrine babylonienne concernant les esprits, nous verrons que la bonté est aussi l'un des principaux attributs de la divinité. Les riverains du Tigre et de l'Euphrate n'ont pas connu le « Bon Dieu », ils ont, du moins, connu les bons dieux.
7. Voyons maintenant comment la conception de la divinité s'est répartie entre les personnages les plus importants du panthéon assyro-babylonien. Il serait puéril de prétendre être complet sur ce chapitre, car les dieux et les déesses se sont multipliés à l'infini sous l'influence d'une imagination religieuse mal disciplinée et d'une théologie trop peu abstraite. Au lieu donc de donner une nomenclature interminable des figures divines que cataloguaient déjà les écoles sacerdotales de Chaldée, nous insisterons sur les dieux qui furent reconnus par les cultes locaux aussi bien que par la religion nationale, et qui jouèrent un rôle véritable dans la vie religieuse des peuples de Mésopotamie et de Chaldée. Ce sont, d'ailleurs, ceux-là qui se répandirent sur le monde sémitique et, par l'intermédiaire des Phéniciens, purent gagner le monde grec. Nous pouvons les classer en trois grandes catégories, d'après leurs caractères généraux. Ce sont les baals, les astres, les forces de la nature. Les principaux d'entre eux ont été juxtaposés en deux triades, l'une comprenant les trois grands baals (le Seigneur du ciel, celui de la terre,
(1) P. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens , p. 301.
celui des eaux), l'autre, les trois grands astres (le soleil, la lune, la planète Vénus). Ces triades n'ont rien à voir avec la trinité chrétienne. Elles sont le résultat d'une classification qui tendait à mettre sur le même pied les sommités de chaque groupe divin.
8. Nous venons de dire que la première triade était composée de trois baals. D'après les idées des Babyloniens et des Assyriens, le monde visible englobait trois régions bien distinctes : les cieux, la terre, les eaux. On se représentait la voûte céleste comme une immense coupole reposant, à l'horizon, sur ce qu'on appelait « le fondement des cieux ». Quatre piliers gigantesques, les montagnes de l'est et de l'ouest, servaient à maintenir cette coupole. Le soleil les franchissait à son lever et à son coucher. Entre « le fondement des cieux » et la terre proprement dite se trouvait l'immense région des eaux qu'on appelait Yapsou. C'était le réservoir des eaux douces que les nuages apportaient à la terre. On l'opposait au réservoir des eaux salées qui était la mer proprement dite, Tiamat. Un même seigneur dominait sur les eaux, c'était le dieu Êa. Il était le troisième de la triade suprême. Le chef de cette triade était le seigneur des cieux, Anou ; le second était le seigneur de la terre, le dieu Bel.
Le nom du dieu Anou représentait simplement la désignation sumérienne du ciel, an, à laquelle on avait ajouté une désinence casuelle. Primitivement ce dieu était donc le « Ciel » ; mais on avait, de bonne heure, accentué la personnalité d'Anou et, dans les textes les plus anciens, il apparaît comme un véritable baal. Sa demeure était située au point culminant de la voûte céleste, c'est-à-dire probablement au zénith. C'est en cet endroit, appelé « les cieux d'Anou », que se réfugièrent les dieux au moment du déluge. Dans cet empyrée trône le seigneur des cieux qui joue le rôle d'un Zeus babylonien. On lui décerne les titres de « roi des dieux » et « père des dieux ». Mais les théogonies ne le plaçaient pas à l'origine des choses. Il sortait, en même temps que Bel et Êa, de couples primordiaux que nous étudierons plus loin. En fait, on ne lui reconnaissait de paternité directe que vis-à-vis des étoiles et de la planète Vénus. On aimait à le représenter par la