‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 60 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

tiare qui symbolisait sa domination. Par suite des idées assyro-babyloniennes sur l'origine divine de la royauté on s'imagina que les insignes du pouvoir étaient primitivement placés au ciel sous les yeux d'Anou et que de là ils avaient été apportés aux hommes. L'usage de donner une compagne à chaque grand dieu fit naître la déesse Antoum, dont le nom et les fonctions n'étaient qu'un reflet de son époux. En tant que divinité poliade, Anou fut adoré dans la ville de Dêr, dont le nom babylonien signifiait « muraille d'Anou ».

C'était aussi par la tiare qu'on représentait le second personnage de la triade suprême, le dieu Bel. Son nom ne signifiait autre chose que « le Seigneur » par excellence : Bel était la forme babylonienne du mot sémitique baal, « seigneur ». De bonne heure ce nom fut usurpé par le dieu de Babylone, Mardouk, qui usurpa également les fonctions de Bel. C'est pourquoi, lorsque les classiques grecs ou latins parlent de Bêlos ou Belus, il s'agit toujours de Mardouk. Le véritable Bel, celui que les textes assyriens désignent parfois sous le nom de «Bel l'ancien», était le dieu de la terre et de l'humanité. C'est à lui qu'il appartenait de fixer les destinées du monde. Pour ce faire, il se retirait dans la montagne de l'est. En tant que seigneur de Nippour, on donnait à Bel son nom sumérien à'Enlil ou Ellil que Damascius, philosophe de la fin du ve siècle de notre ère, connaît encore sous la forme Illinos (1). Son épouse Nin-Kharsag, «dame de la Montagne», avait une personnalité plus accusée que celle d'Antoum. On la qualifie de « mère des dieux » et c'est à elle qu'incombe la fonction d'allaiter les nouveaux rois, pour consacrer leur adoption divine.

Le dieu qui préside aux eaux, et spécialement à l'eau sacrée de l'Apsou, s'appelle Enki, « seigneur du pays », dans les plus anciens textes. Plus tard il prit le nom d'Êa, dont le sens primitif est simplement « demeure de l'eau». C'est une personnalité essentiellement sumérienne et les Sémites babyloniens ne prirent pas la peine de lui trouver

(1) Damascius, Quœstiones de primis principiis, éd. Kopp (1826), cxxv, p. 384.

un équivalent sémitique. Sa ville d'Ëridou (aujourd'hui Abou-Shahreiri) est restée célèbre jusqu'à la fin de l'empire babylonien, car c'est en elle que se recrutait le personnel des magiciens et des incantateurs. L'eau d'Ëridou, qu'on puisait, dans le temple, était considérée comme une eau lustrale. On s'en servait pour les aspersions cultuelles. Le temple portait le nom de « demeure de l'Apsou », à cause du réservoir où était contenue cette eau bénite et qui était la reproduction de la région cosmique désignée par le terme Apsou. LTn arbre merveilleux, le kiskanou, croissait auprès de cet Apsou. Ses propriétés magiques en faisaient une sorte d'arbre de vie. On prenait l'un de ses rameaux pour asperger le malade qui consultait le prêtre. L'eau de l'Apsou servait aussi à la divination. Et, par le fait même, on n'hésitait pas à interpréter l'idéogramme de l'Apsou comme signifiant « maison de la Sagesse ». Le dieu Êa devenait ainsi « Seigneur de la Sagesse». Il était alors le prototype du fameux monstre à tournure de poisson qui, selon Bérose, avait civilisé la Chaldée (1). Ce monstre, qui est appelé Oannès par Bérose, était venu du golfe Persique. C'est précisément sur le rivage du golfe Persique que se trouvait, primitivement, la ville d'Ëridou. Peu à peu les dépôts d'alluvions firent reculer la mer et permirent au Tigre et à l'Euphrate de se réunir en un lit commun avant de se perdre en elle ; mais jadis ils se jetaient dans le golfe Persique par des embouchures séparées. Entre les deux fleuves était sise l'antique Éridou.

Pour bien marquer les rapports qui unissaient les membres de cette première triade, on avait réparti l'écliptique en trois régions : la route d'Anou, la route de Bel, la route d'Êa. Anou et Bel présidaient au premier mois de l'année, Êa au deuxième. Le fils d'Êa, Mardouk, éclipsa rapidement son père, comme il avait éclipsé le dieu Bel. Mais le culte d'Êa persista néanmoins à côté de celui de son fils. N'avait-il pas la gloire d'avoir donné le jour au dieu national des Babyloniens ?

9. La seconde grande triade comprend les astres les plu» importants : la lune, le soleil, la planète Vénus. La lune

(1) Dans Eusèbe, Chronicon, 1. I, éd. Schœne, p. 14.

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