III. LES SÉMITES
avait été le dieu suprême des Sémites nomades. Les Babyloniens ne le rejetèrent pas. Le soleil était le grand dieu des Égyptiens. Sumériens et Sémites s'associèrent à ce culte qui, d'ailleurs, se rencontre chez tous les peuples idolâtres. La planète Vénus a été adorée des Arabes, des Cananéens et de leurs congénères. Son rôle fut aussi considérable dans la mythologie assyro-babylonienne que celui d'Aphrodite chez les Grecs et de Vénus chez les Latins. Nous verrons qu'elle présente partout les mêmes caractères essentiels.
Le dieu-soleil s'appelait Shamash, ce qui était simplement le nom babylonien de l'astre du jour. On ne distinguait pas, dans l'écriture idéographique, entre le dieu et l'astre. On laissait le déterminatif divin devant le signe qui représentait simplement « le soleil ». Il y avait un dieu-soleil à Larsa (Ellasar de la Bible, aujourd'hui Senkereh) en plein pays sumérien, et à Sippar (aujourd'hui Abou- Habbah) en Babylonie. Tantôt on figurait le dieu par un astre aux rayons ondulés, tantôt par un être humain dont les épaules laissaient émaner ces rayons. Dieu du jour et de la lumière, il veillait à la sécurité du monde et poursuivait le mal qui était l'œuvre des ténèbres. Aussi fut-il toujours considéré comme le dieu de la justice. Il punissait les coupables et veillait à l'exécution des promesses et des serments. Les lois de la justice humaine avaient été dictées par sa bouche divine et c'est lui qui inspirait au monarque Hammourabi (vers 2050 av. J.-G.) le fameux code qui, durant des siècles, régenta les cités de Shoumer et d'Akkad. On lui donna comme progéniture deux fils qui sont des abstractions personnifiées : Mêsharou, « le Droit», et Kettou, « la Justice». Comme Phœbus, il eut son char dont le cocher était aussi un dieu. Comme lui, il fut le dieu des devins.
Le dieu-lune, Sin, était le dieu du temps. C'est à lui qu'il revenait de marquer les jours, les mois et les années. La cosmogonie babylonienne lui assigne ce rôle qui est confié à la lune et au soleil dans le premier chapitre de la Genèse. Si Ea était le dieu de la sagesse mystérieuse qui préside à la magie, aux arts, aux sciences, le dieu Sin était aussi « celui qui sait » comme le suggère som nom sumérien.
Mais on lui attribuait spécialement la sagesse pratique, celle des conseils. Il était le Nestor de rassemblée des dieux et tous s'inclinaient devant ses décisions. On étudiait ses diverses phases. D'abord, c'était le « jeune taureau », dont les cornes brillaient au ciel dans le croissant lunaire. Ou bien, le croissant symbolisait l'esquif du dieu, la barque de la lune qu'ont aussi connue les Égyptiens. Bientôt, l'astre prenait la forme d'une tiare, ce qui valait à Sin le titre de « Seigneur de la tiare ». Finalement c'était la décrépitude et la mort. Le dieu n'était plus qu'un vieillard à la barbe bleue, sous l'œil bienveillant duquel se poursuivaient ses deux enfants, Shamash (le soleil) et Ishtar (la planète Vénus). Le culte de la lune était en grand honneur dans la ville d'Our, ce berceau d'Abraham et de la race israélite. L'émigration qui transporta le patriarche d'Our à Harran, en pays araméen, transporta aussi les Pénates des Chaldéens. C'est pourquoi nous retrouvons à Harran le dieu Sin, avec sa famille (n, § 4). Le dernier roi de Babylone, Nabonide (555-539 av. J.-C), essaya vainement de ressusciter le culte de Harran. L'invasion de Gyrus portait le coup fatal aux vieilles divinités de Chaldée.
Nous ne devons pas nous étonner de rencontrer une double personnalité dans la déesse Ishtar, qui n'est autre que la planète Vénus. Étoile du soir et étoile du matin, elle fond en elle les voluptés de la nuit et les travaux du jour. L'une, celle du matin, était fille de Sin et sœur de Shamash, l'autre, celle du soir, était fille d'Anou et d'Antoum. Cette dernière était la véritable Aphrodite « céleste ». Divinité féminine par excellence, elle a tout le dévergondage et les mœurs impures d'une Vénus impudique. C'est elle qui préside aux accouplements des humains ou des animaux. L'épopte de Gilgamès la malmène, en termes aussi réalistes que ceux de l'Iliade ou de l'Odyssée. On la voit cherchant à séduire un héros et on lui rappelle ses aventures scabreuses. Le temple d'Érech (aujourd'hui Warka) était célèbre par les débauches qu'on y organisait et par le personnel de courtisanes qui en faisait les frais. On donnait à celles-ci le nom de « Sacrées » et les Hébreux accueilleront ce terme pour signifier