‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 62 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

« Prostituées »(1). On sait comment Hérodote s'est fait l'écho de ces pratiques éhontées et comment il leur donne pour théâtre le temple de Babylone (2). Il semble même que les efféminés, ceux que la Bible connaît sous le nom de « sacrés » (3), aient figuré parmi les ministres de ce culte lascif. Phéniciens et Chypriotes répandirent cette divinité qui consacrait la luxure et la débauche. Aphrodite et Vénus sont des produits d'importation orientale.

Mais Ishtar était aussi déesse du matin et, en tant que telle, elle était F Ishtar mâle, celle que les Arabes ont vénérée comme une divinité masculine. Elle était la déesse des travaux guerriers et correspondait ainsi à l'Aphrodite armée. Les Assyriens, peuple essentiellement belliqueux, s'attachèrent de préférence à cette patronne de la guerre. Elle porta l'arc et les flèches que portera plus tard le fils de Vénus et qui symbolisaient les luttes de la haine, avant de représenter les combats de l'amour. Le syncrétisme finit par concentrer sur une seule tête les adorations que réclamaient respectivement la déesse de la guerre et la déesse de la volupté. On eut l'idée d'une Ishtar mâle et femelle qu'on représenta sous les traits d'une femme barbue (4) et qui fournit aux Chypriotes les modèles de leur Aphrodite à barbe que nous décrit Macrobe dans ses Saturnales (5).

10. Sans prétendre être complet, nous ne pouvons quitter les baals et les astres, sans mentionner encore quelquesunes des principales divinités qui se classent dans ces deux catégories. Nous parlerons plus loin du baal des Morts, le dieu Nergal. Chaque cité a son baal qui tantôt est emprunté aux grandes figures du panthéon, tantôt a pour simple titre celui d'être le roi, le seigneur de la cité. Mais le jour où les cités se groupent en nations, une figure émerge entre les autres et devient le dieu national. Ainsi le dieu de Lagash, capitale des Sumériens, deviendra le dieu

(1) Ce sont les qedêwth de la Bible.

(2) Histoires, i, 199.

(3) Les qedêUm de la Bible.

(4) Type retrouvé dans les fouilles de Suse.

(5) Saturnales, m, 8.

de Shoumer. On l'appelait Ninib ou Ningirsou, suivant qu'on voulait lui donner son nom ordinaire ou son nom local (Ningirsou signifiant baal de Girsou, c'est-à-dire de l'acropole de Lagash). Il personnifiait la constellation d'Orion et, comme Orion chez les Grecs, il était par essence le dieu chasseur ou guerrier. Les armées des cieux qui, comme dans la Bible, représentent les étoiles (1) marchaient sous sa conduite. En fusionnant avec Ourash, dieu de la ville de Kish, il devint un dieu des plantations et des canaux. Son épouse Baou n'était autre que Sirius, l'étoile du chien, la canicule. Le chien la symbolisait sur les reliefs. On l'identifiait avec Goula, déesse de la médecine et de la santé. Les Sumériens connaissaient le « mariage sacré » entre Ningirsou et Baou (2). Il avait lieu, dans le temple de Lagash, au début de l'année. C'était à cette occasion qu'on apportait des présents qui constituaient, comme disent les textes, la dot de Baou.

11. La prépondérance prise par l'élément sémitique dans toute la Chaldée relégua dans l'ombre ce dieu des Sumériens. Le jour où Babylone fut maîtresse de Shoumer et d'Akkad, Mardouk marcha en tête du panthéon. Le jour où Ashour, la capitale des Assyriens, eut triomphé de Babylone, son dieu national, Ashour, prit cette place d'honneur. De Mardouk nous connaissons les origines. Fils d'Êa, il venait d'Éridou, et, comme son père, il était le dieu des magiciens et le magicien des dieux. Déjà nous avons vu comment il avait empiété sur les attributions de son père. S'il avait pris à Bel l'ancien son nom et ses fonctions, la mythologie légitimait cette usurpation. Aux origines, Mardouk avait été plus vaillant que tous les dieux et, par son triomphe contre le chaos, avait réussi à capter les fameuses « tablettes du destin » qu'il s'accrochait sur la poitrine, comme fera le grand-prêtre pour les ourim et les toummim. C'est lui qu'on considérait comme le véritable fondateur de Babylone, correspondant à la

(1)P. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, p. 191, n. 4.

(2) F. Thureau-Dangin, Les cylindres de Gudea, cyl. B., col. xvi-xvii.

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