‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 63 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

fois au Nemrod des Hébreux et au Bêlos des Grecs. C'est dans cette ville qu'existait le fameux temple Êsagil, «Maison à la tête haute », qui, comme la tour de Babel, élevait vers le ciel ses huit étages que mentionne Hérodote (1). A l'intérieur du temple un sanctuaire, le Doul-azag, était réservé pour la fête du nouvel an, jour auquel Mardouk fixait les destins de Babylone. Cette cérémonie n'était que la reproduction de ce qui s'était passé à l'aurore des âges, alors que Mardouk, dieu créateur, avait organisé le monde.

Les Assyriens revendiquèrent pour leur dieu national, Ashour, l'honneur d'avoir créé les cieux et la terre. C'était bien un dieu sémitique dont le nom primitif, Ashir, équivalent du nom du fils de Jacob, Aser (prononcer Asher comme en hébreu), signifiait simplement « le bienveillant ». Le féminin Ashêrâ, « la bienveillante, la bona dea », sera le nom d'une déesse chez les Cananéens (ni, § 6). Ashour prit les qualités de son peuple et fut considéré comme dieu guerrier. Il marcha au milieu des armées assyriennes, représenté sur les enseignes par un personnage qui crible de flèches les troupes ennemies. En vertu du principe qui faisait des dieux les êtres célestes par excellence, on localisa au ciel le dieu Ashour, en l'identifiant avec Ansar qui, dans la cosmogonie babylonienne, représentait le monde céleste.

Mardouk et Ashour partagèrent les destinées des peuples qu'ils représentaient. Mardouk fut le premier, tant que Babylone fut la première. A partir du xme siècle avant notre ère, l'Assyrie, dominatrice du monde oriental, répandit la gloire de son dieu, cependant que celle de Mardouk restait confinée dans l'empire de Babylone. Lorsque Sargon réunit sur sa tête les couronnes de Babel et de Ninive, il mit sur le même rang Mardouk et Ashour. Ce dernier ne survécut pas à la prise de Ninive par Cyaxare, roi des Mèdes (en 606 av. J.-C). Durant l'empire néo-babylonien (de 625 à 539 av. J.-C), Mardouk vit son astre pâlir. Lui qui avait supplanté son père, Êa, il manqua d'être supplanté par son propre fils Nabou ou Nébo, dont le nom se retrouve dans ceux de Nabopolassar (625-605 av. J.-C),

(1) Histoires, i, 181.

Hist. Rel. — I — 10.

du fameux Nabuchodonosor (604-562 av. J.-C), et du dernier roi babylonien Nabonide (555-539 av. J.-C), le Labynète d'Hérodote (1). C'est que Nébo était, comme Thot en Egypte, le dieu de l'écriture. On le représentait le ealame à la main. Son rôle était de copier sur « la tablette des destins » les destinées fixées par les dieux au jour du nouvel an. On l'implorait pour qu'il écrivît sur cette tablette de longues années d'existence, en sorte que nous trouvons là un prototype du livre de vie. Sa renommée lui venait spécialement du rôle qu'il avait joué au temps d'Ashourbanipal (658-626 av. J.-C). Les innombrables tablettes qui composaient la bibliothèque de ce prince à Ninive, déclaraient toutes, comme clausule, que le roi avait reçu son vaste entendement ( littéralement « de grandes oreilles ») de Nébo et de sa parèdre Tashmêt. Celle-ci, comme les enfants du soleil, Mësharou et Kettou, était une abstraction personnifiée : « l'Entendement ».

12. A côté des baals, des astres, des dieux nationaux, la religion assyro-babylonienne divinisa certaines forces de la nature. Non seulement elle connut le baal des eaux, ce dieu Êa dont nous avons parlé, mais elle vénéra aussi un dieu-fleuve. Comment se représentait-on ce dieu ? Était-ce le vieillard à longue barbe qui, chez les Romains, répandait, du fond de la source, « son urne penchante» ? Nous ne le croyons pas. L'élément lui-même, l'eau douce, était sacré. La preuve en est que, dans la procédure judiciaire, on précipitait le sorcier ou la sorcière dans le fleuve, exactement comme dans les ordalies du moyen âge. La conduite de l'eau à l'égard de l'accusé indiquait si, oui ou non, il était coupable de sorcellerie. L'eau du Tigre et de l'Euphrate était la mère nourricière de la Mésopotamie et de la Chaldée, si bien qu'on pouvait dire que la Babylonie était un don de ces deux fleuves, comme on disait que l'Egypte était un don du Nil. Ces bienfaits du fleuve, joints à son caractère de quasi immortalité, permettaient de le considérer comme une force divine. Lors donc que nous trouvons, dans les textes, le fleuve précédé du déterminatif divin, il semble que nous devrions traduire

(1) Histoires, i, 74, 77.

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