‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 65 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

ceux du ciel, les Igigis, et ceux de la terre, les Anounnakis. Quand on voulait conférer au dieu local ou national le rang suprême, on l'appelait le dieu des Igigis ou celui des Anounnakis. Mais ces expressions s'appliquaient aussi à toute une plèbe d'esprits qui, rejetons directs de l'animisme, étaient répandus à travers le monde. Ce n'étaient pas des dieux, du moins pour le plus grand nombre. Ceuxlà seuls arrivaient à prendre, sans exception, devant leur nom, le déterminatif divin, qui étaient des êtres essentiellement bienfaisants. La bonté, nous l'avons dit, est exigée de quiconque veut faire partie du panthéon. Les esprits bons devenaient donc des dieux. Ils n'avaient pas, comme les grandes personnalités que nous avons étudiées ci-dessus, à gouverner un monde ou à s'occuper de toute l'humanité. Les baals, les astres, les dieux de la nature suffisaient à ces travaux cosmiques. Mais chaque homme devait avoir son génie, son ange gardien, qu'on appelait « le dieu de l'homme ». Le rôle de ce dieu, attaché aux pas de l'individu, était de le protéger contre les esprits mauvais et contre les puissances hostiles. Chaque demeure, chaque temple, chaque palais, chaque porte de la cité devaient avoir aussi ses dieux gardiens. C'étaient ces immenses taureaux ailés dont la face humaine respirait la gravité et la douceur. L'un était le shedou, l'autre le lamassou, l'un et l'autre portaient sur la tête la tiare divine. Ils empêchaient les puissances du mal de franchir le seuil confié à leur protection. Ces puissances du mal étaient incarnées dans les esprits mauvais dont la face grimaçante, l'air courroucé, les gestes menaçants indiquaient assez la nature hostile. Leur influence s'exerçait spécialement sur le corps humain. Un démon spécial s'emparait de la tête, un autre de la poitrine, un autre des pieds, des mains, du cœur, etc. L'homme devenait ainsi un véritable possédé : la migraine, la fièvre, la phtisie, les rhumatismes étaient autant de résultats de cette possession. La prière n'avait pas assez de toutes ses formules, le sacrifice de tous ses rites, la magie de tous ses procédés, pour expulser le démon possesseur et rendre au malade la santé. Souvent c'était le péché du patient qui avait occasionné l'abandon de son corps par son dieu gardien et l'intrusion

des pouvoirs maléfiques. Alors une véritable confession lui était imposée. Il devait énumérer tous les cas qui, de près ou de loin, auraient pu le rendre coupable envers les dieux et le livrer ainsi sans défense à la merci des démons.

15. Parmi ces démons contre lesquels on cherchait à se mettre en garde se trouvaient les défunts abandonnés. Les morts n'entraient pas dans la cité des dieux. Ils devenaient des edimmou, c'est-à-dire des Mânes qui conservaient un certain nombre des besoins communs aux vivants. Le mort réclamait un gîte. Les incantations prévoient le cas où le mort vient tourmenter les vivants parce que sa famille ne lui a pas donné la sépulture. Le mort avait faim et soif. Sa famille lui devait le boire et le manger. C'est l'origine des rites funéraires où l'on convie à une table commune les parents défunts, pour leur donner de l'eau avec une nourriture spéciale (le kispou). Un jour du mois était réservé à ces offrandes, un endroit du temple en était le théâtre. Malheur à qui négligeait ces oblations ! Le mort le tourmentait nuit et jour. Il revendiquait sa part et, pour ce faire, recourait aux procédés usités par les esprits malins. Dans la démonologie chaldéenne il y a tout un groupe constitué par ces morts assoiffés ou affamés. Ce sont eux qu'on doit conjurer, avec le plus d'instances, de quitter le corps, la maison, qu'ils ont envahis. Leur habitat est le désert ou les ruines, ces refuges des esprits mauvais dans la tradition hébraïque. Vagabonds de l'au-delà, ils réclament le vivre et le couvert. Ils n'auront de repos que lorsqu'on leur aura facilité l'entrée de la grande cité des Morts, le kigallou, qui n'est autre que l'enfer babylonien.

16. C'est dans ce kigallou qu'on appelle « la grande terre », « la terre sans retour », que doivent se réunir tous les défunts. On se représente ce royaume des Mânes à peu près comme les Hébreux se représenteront le shéol. C'est une région située sous notre terre. Le mort y accède par sept portes successives et à chaque porte quitte l'un de ses vêtements. Entré nu dans le monde, il doit en sortir nu. Le dieu qui préside à l'infernale demeure est Nergal, le dieu de Koutha. Ses fidèles, déportés en Samarie, n'eurent rien de plus pressé que d'en faire une image (II Reg., xvn,

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