‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 66 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

30). Il a avec lui la déesse Ëreshkigal, « dame de la grande terre », véritable Proserpine d'humeur peu accommodante. Une salle est réservée aux juges des enfers qui sont choisis parmi les dieux terrestres, les Anounnakis. Une dame est chargée d'y remplir les fonctions de scribe.

A part ceux qui avaient accompli quelque action d'éclat, les Morts étaient misérables chez Pluton. « La poussière est leur nourriture, la boue leur aliment ; ils ne voient pas la lumière, ils demeurent dans l'obscurité (1). » C'est bien cette demeure de ténèbres et de poussière, dont on retrouve les descriptions dans Job et les prophètes. On comprend pourquoi les vivants doivent s'occuper de leurs parents trépassés. Ceux d'entre les Morts qui n'ont personne pour s'occuper d'eux, ceux-là cherchent à forcer le seuil de la « terre sans retour » pour venir rôder dans les carrefours et dévorer les ordures qui y pourrissent. La plus grande imprécation qu'on puisse vomir contre quelqu'un, c'est de lui souhaiter qu'il ne trouve pas par-delà la tombe les soins de ses parents ou de ses amis. On voit combien est misérable la condition des morts et comment l'espèce de culte qu'on leur rend, par les offrandes funéraires, est tout le contraire d'une adoration. C'est simplement une aumône qu'on leur fait par pitié, ou une manière de se mettre en garde contre leurs incursions.

17. Il semble qu'on n'ait guère fait de distinction entre le sort du juste et de l'injuste dans l'autre vie. Le bien trouve sa récompense, le mal son châtiment dès cette vie. C'est la morale des amis de Job. Loin de faire abstraction de la religion, cette morale en est tout imprégnée. Chez les Babyloniens et les Assyriens, religion et morale sont inséparables. On ne comprendra rien aux idées de ces peuples sur l'obligation, la sanction, le péché, la pénitence, si l'on ne se dit pas que les actes humains sont soumis aux préceptes et au contrôle de la divinité. Les dieux sont, comme nous l'avons vu, des puissances essentiellement bienfaisantes. Tout naturellement on leur doit l'amour et le respect. Le dieu est un père, la déesse une mère : l'homme se comporte comme un enfant à leur égard. Les textes

(1) P. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, p. 327.

religieux, les noms propres, les formules liturgiques fourmillent de renseignements à cet égard. Nulle part, chez les peuples polythéistes, on ne trouve un tel sentiment de confiance et même de tendresse vis-à-vis de la divinité. Aux heures de maladie, de détresse, d'abandon, le Babylonien cultivé aussi bien que l'Assyrien plus rude et plus barbare se tournent vers le ciel pour implorer le secours des êtres bons et miséricordieux qui 'l'habitent. Mais ces dieux sont aussi des maîtres et leurs fidèles aiment à s'appeler leurs serviteurs. De là les exigences religieuses et cultuelles qui provoquent le sentiment de la crainte révérencielle : le mot craindre en assyrien résume les devoirs d'adoration envers les dieux. La religion ne règle pas seulement l'attitude de l'homme devant la divinité. Les devoirs d'homme à homme lui sont aussi subordonnés. Ces devoirs sont ceux qui sont généralement compris sous le nom de loi naturelle et qui reposent sur le concept de la justice dans les relations sociales. Une tablette magique qui énumère les cas où a pu faillir le patient nous permet de saisir le contenu de cette morale. Respect de la famille, en s' abstenant d'y semer la discorde ; respect dans les paroles, en s'abstenant du mensonge et de l'injure ; respect absolu de la propriété, en s'abstenant de déplacer les bornes ou de franchir le seuil défendu ; respect de la femme du prochain, de ses biens, de sa vie. Non seulement les actes, mais même les sentiments sont réglés par cette morale (1) :

Sa bouche était-elle juste, mais son coeur faux ?

Sa bouche (disait-elle) ceci, son cœur (pensait-il) cela ?

Quant aux devoirs de l'homme envers soi-même, les textes sont moins explicites sur ce chapitre. Il semble que les mœurs aient été assez relâchées : une religion qui tolérait dans son panthéon la courtisane Ishtar et qui donnait au culte de cette déesse le caractère impudique que nous avons signalé, cette religion ne pouvait être bien exigeante au point de vue de la chasteté. Elle intervenait seulement lorsque les fautes impures avaient leur retentissement dans l'ordre social. Le mariage était

(1) P. Dhorme, La religion assyro-babylonienne, p. 229.

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