III. LES SÉMITES
une chose sacrée, mais il coexistait avec le concubinat. Le Babylonien et l'Assyrien ne sont pas plus monogames que les patriarches d'Israël ou les musulmans de nos jours. L'adultère, le viol, l'inceste sont punis de mort au moins dans la plupart des cas.
18. Il va sans dire que la transgression de cette loi morale constitue une révolte contre la divinité. C'est bien le sens du mot « péché » en assyrien. L'effet immédiat de cette révolte est l'irritation du dieu ou de la déesse auxquels est confiée la garde de l'individu. Ils détournent leur visage et aussitôt les puissances malfaisantes, toujours à l'affût, se jettent, comme les suppôts de Némésis, sur le coupable. Angoisses de l'âme, troubles du cœur, maladies du corps sont le cortège obligé de la faute contre les dieux ou les hommes. En cela encore les idées assyrobabyloniennes se rapprochent de celles des Hébreux contre lesquelles proteste le livre de Job. On sait comment, à propos de l'aveugle-né, Notre-Seigneur est obligé de rectifier les idées de ses apôtres sur cette connexion entre le péché et l'infirmité corporelle. Que fera le pécheur dans cette occurrence ? Il mettra tout en œuvre pour expier son crime et échapper aux conséquences qui l'accablent. Il recourt au prêtre, spécialement à Yashipou, «leconjurateur », dont nous parlerons bientôt. Une double tâche s'impose : calmer la divinité courroucée, expulser les esprits qui se sont emparés du coupable. On apaise la divinité par la prière et le sacrifice. La prière est alors un long psaume de pénitence, cri de douleur et de regret, aveu de la faute, tendre supplication. Le sacrifice substitue au coupable une victime qui recevra les coups et donnera « sa tête pour sa tête, sa nuque pour sa nuque, sa poitrine pour sa poitrine. » En même temps, la magie interviendra et, par la friction des parties malades, parles formules d'incantation, chassera l'esprit du corps du possédé. Tout redeviendra normal et le pénitent peut fêter en même temps sa réconciliation avec son dieu et sa libération du mal.
19. Ainsi la religion pénètre toute la vie du Babylonien et de l'Assyrien. Non seulement il prie pour être délivré du péché, mais encore pour obtenir des grâces de choix, surtout les grâces temporelles. La vie, qui vient
des dieux, est l'objet de ses plus ferventes prières. Il demande de longs jours et il n'ignore pas que la vieillesse est la récompense de la piété. Le sacrifice n'est pas seulement expiatoire. C'est le plus souvent un don, une offrande qu'on fait aux dieux pour leur témoigner de la piété et obtenir leurs faveurs. En même temps, c'est un banquet qu'on leur sert et pour lequel on exige le plus souvent un agneau « parfait », c'est-à-dire sans défaut. Le temple qui est considéré essentiellement comme « la maison » du dieu est le théâtre de ces sacrifices. Une table est dressée autour de laquelle viendront s'asseoir les dieux et les déesses. L'anthropomorphisme permet de les assimiler à de joyeux convives qui ne se gênent pas pour banqueter avec leurs fidèles. Le feu transmet la fumée d'agréable odeur aux narines des statues, car c'est dans la statue que s'incarne le dieu pour habiter dans son temple. C'est encore au temple que s'accompliront les rites publics aux jours de fêtes solennelles. Alors la liturgie revêt un caractère vraiment national. De longues processions conduisent le dieu ou la déesse à travers la cité, au chant des hymnes sacrés, au son des tambourins, des flûtes, des sistres et des cymbales. C'est surtout au jour du nouvel an, consacré à la fixation des destins par le dieu de la cité, qu'on se livre à ces réjouissances publiques. Quelquefois la théorie s'avance le long d'un canal sur lequel glisse la barque sacrée qui porte la statue divine. Certains jours du mois étaient des jours de fêtes religieuses. Les phases de la lune en déterminaient l'époque. Tout naturellement on aboutissait à une répartition en groupes de sept jours. Des cérémonies spéciales avaient lieu au jour final de ces semaines. Mais il ne semble pas que le repos y ait été obligatoire. La question du sabbat babylonien n'est pas encore suffisamment tranchée pour qu'on puisse en tirer des conclusions pour ou contre l'influence qu'aurait exercée ce sabbat sur l'institution hébraïque correspondante. Quant à la consécration personnelle de l'individu parla circoncision, on n'en trouve pas de trace chez les Babyloniens, ni les Assyriens.
20. La religion ne pénétrait pas seulement la loi morale et le culte public. La société tout entière était sous